Le grand chef Ed John, pendant son témoignage devant la commission d’enquête sur les femmes tuées et disparues en Colombie-Britannique, parlait de l’impossibilité pour les Autochtones de faire confiance aux autorités policières. Pour comprendre, il faut se rappeler que, entre la fin du XIXe siècle et les années 1970, plus de 150 000 enfants autochtones ont été arrachés à leur famille et envoyés dans des pensionnats au Canada. « Dans ma langue, les forces de l’ordre, ce sont ceux qui nous enlèvent », a-t-il expliqué. Que de douleur contenue dans ces mots; que de honte aussi.

Nos langues sont lourdes d’histoire — collective, familiale et personnelle.

Bien avant de découvrir ma vocation d’écrivaine, j’étais déjà sensible au poids des mots. Il faut dire que le mot que la société utilisait alors pour désigner les gens comme moi portait son pesant d’indignité : infirme, synonyme d’invalide ou incapable.

En octobre 1929, les Canadiennes sont devenues des personnes. Avant, elles étaient légalement incapables, puisqu’une personne était nécessairement un homme; en effet, en vertu d’une décision d’un tribunal anglais datant de 1876, « les femmes étaient des personnes pour ce qui était des peines et des châtiments, mais non pour ce qui était des droits et des privilèges ». C’est une écrivaine — faut-il s’en étonner? — qui a été l’instigatrice de la démarche qui a conduit à la redéfinition du terme : Emily Murphy.

Oui, les mots sont lourds d’histoire et de conséquences.

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