Les mots sont lourds, vous disais-je; lourds de mémoire, ainsi que l’écrivait Dany Laferrière dans Le Devoir (17 novembre 2010) avec sa verve habituelle :

Il a fallu vingt-six minuscules lettres de l’alphabet pour soulager la mémoire humaine qui, sans cela, aurait succombé sous le poids de nos souvenirs, de nos rêves et de nos idées. On reste effaré devant l’ampleur des savoirs, comme des fantaisies, que les humains ont pu glisser dans ce mince objet rectangulaire.

En fin de compte, l’être humain a accédé à l’immortalité en inventant l’alphabet, observe Leonard Shlain dans The Alphabet versus the Goddess. À cause de la révolution alphabétique, on peut encore savourer les poèmes de la poète Sapphô plus de deux mille cinq cents ans après sa mort.

Nous ne savons pas quelle aurore se lève
Là-bas, apportant l’inconnu dans ses mains…
Nous tremblons devant l’avenir, notre rêve
Craint les lendemains.*

Il va de soi, je suppose, qu’une écrivaine soit fascinée par les mots et leur capacité à relayer un message, un sens. Je suis tout autant fascinée par ce qu’ils ne relaient pas. Voilà d’ailleurs pourquoi il y a des mots que je garde enfermés dans mon cœur. Un mot lancé à la hâte avec impudence ou étourderie peut, de son poids, faire crouler les ponts que vous aviez mis des années à construire entre vous et autrui.

C’est terrifiant, un pont qui croule. C’est étouffant une île coupée de son continent.

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* Extrait de « Sur le rythme saphique », traduit par Renée Vivien et publiée en 1903.

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Citations, La voie de l'écriture
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