La poussière des chemins ne colle pas à mes semelles à moi. Elle colle à mes gants, à mes paumes, à mes poignets, à mes manches, à mes avant-bras aussi quand ils sont nus. Au printemps, avant le grand balayage qui débarrasse les rues et trottoirs de leur crasse hivernale, la poussière s’accumule sous mes ongles, qui ont alors l’apparence d’ongles de garagistes. Par mégarde, il m’arrive d’en transférer sur mon nez ou mon menton.

Mes semelles sont propres et inusées comme au jour où j’ai étrenné mes souliers.

La poussière sous mes ongles et la corne sur mes paumes font partie intégrante de la réalité de ce corps, de ma normalité. Elles sont des emblèmes de ma liberté; elles attestent que j’ai encore la capacité de me propulser à travers la ville malgré les quelques raideurs apportées par la quarantaine. Les angoisses d’Unetelle au sujet de son tour de taille et de Chosemachin pour quelques rides ou poils malvenus me donnent parfois envie de hurler.

Ô vacuité!

Le corps n’est pas notre adversaire. La spiritualité désincarnée de Rome a fait, et continue de faire, bien des ravages. Cependant, la corporalité déspiritualisée et hypersexualisée que nous vendent les médias occidentaux est tout aussi néfaste. « Le corps, chante Claire Pelletier, est l’atelier de l’âme ». Un atelier parfois poussiéreux, dont les murs se ravinent avec les années… Mais, au final, ce qui compte, c’est que l’on fait dans cet atelier.

Catégorie:
La substantifique moelle
Étiquettes :
, ,

Joindre la conversation 1 commentaire

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :