C’est un lieu mythique de l’Ontario français. Sudbury. La ville où on a hissé pour la première fois le trille-et-lys et aussi celle où est basée Prise de parole, la plus vieille des maisons d’édition francophone de l’Ontario (celle  où j’ai publié L’Ordre et la Doctrine).

Sudbury vient d’entrer dans ma mythologie personnelle. D’abord, parce que c’est la première fois que je suis accueillie comme autrice invitée dans un salon du livre hors de mes deux régions d’attache — l’Outaouais, où je vis depuis trente ans, et Montréal, où je suis née. Ensuite, parce que Sudbury représente ma première aventure en territoire inconnu depuis près de sept années et, surtout, la première avec autant de pièces détachées. La plus cruciale de ces pièces : un moteur d’appoint, qui se fixe derrière mon fauteuil. Je suis très à la page, voyez-vous. Mon mode de propulsion est maintenant hybride : mi-actif, mi-électrique. Sans le moteur, je serais restée coincée dans le stationnement de l’hôtel Clarion. Dans toutes les directions, des côtes; et sur les côtes, des dos d’âne. Mes poignets auraient flanché après quelques poussées. Bon, sans doute que des Sudburoises et Sudburois se seraient relayés pour m’aider. En effet, tous les gens que j’ai croisés se sont montrés pleins de sollicitude, mais je n’aurais ainsi pas eu la liberté de découvrir ce lieu à mon rythme (pour tout vous dire, j’ai une sainte horreur de dépendre des autres.)

Je n’ai vu qu’une fraction de Sudbury. J’y ai passé moins de trois jours; je ne vais donc pas prétendre la connaître. Sudbury n’est pas belle au sens traditionnel, mais on trouve pourtant de la beauté entre ses stationnements, immenses et déserts. De-ci, de-là, des murales apportent vie et couleur aux édifices mornes. Un soir, j’ai découvert des gens qui dansaient au grand air sur des rythmes latins derrière un restaurant, et je n’ai pu m’empêcher de sourire devant cette scène inattendue. Les rails du CN traversent comme une balafre le centre-ville, mais juste à côté, la promenade parsemée de thuyas qui longe en serpentant l’école d’architecture est tout de suite devenue mon itinéraire favori vers la Place des arts, la nouvelle adresse des organismes culturels francophones de la région, reconnaissable de loin à ses murs anguleux de la couleur de la rouille.

Je n’ai pas approché un seul des trois cents quelques lacs de Sudbury, mais je les ai vus du ciel en partant (depuis l’inconfortable siège du Dash 8-400 qui me ramenait chez moi) et, surtout, dans les yeux de ceux et celles que j’ai rencontrées là.

J’ai emporté en souvenir la lumière des étendues bleues qu’ils m’ont reflétées.

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Périphérie
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Joindre la conversation 2 commentaires

  1. Je fais écho à ces commentaires Marie-Josée. Tous les gens rencontrés ont été formidables, les bénévoles qui nous ont accompagnés, les organisateurs du Salon, le staff du Bistro plus qu’attentifs.
    Mon seul bémol est que par 2 fois, je fus mis en présence d’employé de l’Hôtel qui ne parlaient pas un mot de français.
    Longue vie à la Place des arts de Sudbury.

    Réponse

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