Écrire c'est… [28]

Selon Chloé Delaume, il faut :

Écrire non pour décrire, mais bien pour modifier, corriger, façonner, transformer le réel dans lequel s’inscrit sa vie.

Le champ littéraire lui-même demande à être transformé.

En effet, une récente étude réalisée pour le compte de l’UNEQ (Union des écrivaines et des écrivains québécois) fait état d’inégalités importantes entre les autrices et les auteurs. Malgré des progrès, les hommes demeurent avantagés : ils ont de meilleures chances de voir leurs textes publiés, recensés et encensés. Comme langagière, je trouve particulièrement révélateur le tableau comparant les qualificatifs employés pour décrire les œuvres de femmes et les œuvres écrites par des hommes. Pour ces derniers, on les dit notamment puissantes, magistrales, intelligentes, remarquables et grandes; tandis que celles que signent les femmes sont qualifiées plus souvent de sensibles, justes et délicates.

Bien sûr, les inégalités s’étendent aux aspects financiers : les bourses et prix récoltés par les autrices tendent, dans l’ensemble, à être d’une moindre valeur monétaire.

En Ontario, on s’intéresse également aux enjeux de parité dans le milieu des arts et de la culture. Je participerai d’ailleurs en décembre à titre de panéliste à une conférence organisée par l’Alliance culturelle de l’Ontario sur le sujet. Si vous êtes à Ottawa, ne manquez pas ce qui promet d’être une discussion fort stimulante!

En aparté

Vous ne l’avez pas demandé, mais je vous en propose quand même une… Une infolettre. Meilleur moyen de ne pas rater les bonnes nouvelles, quand j’en aurai à vous transmettre! De temps à autre, il se pourrait même que je glisse là un petit « cadeau » littéraire. Cliquez sur ce lien pour vous inscrire.

Cent fois sur le clavier

Sur une petite table carrée, on voit un manuscrit annoté, le clavier d'un ordinateur portable, une théière et une tasse de thé pleine.

Séance de travail dans un café à Gatineau :

— Vraiment, rien à changer dans ce chapitre-là?
— Non. Tes chapitres dans la massalière sont très bons dans l’ensemble.

La massalière? Quésaco? Kocéça?

  • MASSALIÈRE | n. f. |
    Maison dans laquelle les mères vivent en communauté avec leurs enfants.
    (Source : Dictionnaire encyclopédique Beaudire, 299 è.m.)

La massalière n’existe que dans ma tête — et sans doute aussi, un peu, dans la tête de celui et celles qui ont lu l’une ou l’autre des versions du manuscrit photographié ci-dessus. Cent fois sur le clavier, recommencez votre ouvrage… Pendant la lecture d’un polar palpitant, d’une émouvante saga ou d’une dystopie cinglante, on ne songe pas aux carnets de notes et aux réécritures qui ont nécessairement précédé. En fait, quand on y pense, c’est souvent le signe d’un livre inférieur : de recherches bâclées ou d’un texte trop peu retravaillé, par exemple.

Cent fois sur le clavier… Tout l’art de la romancière réside dans sa capacité de réviser le texte sans qu’il se mette à ressembler à un enfant poliomyélitique prisonnier de son poumon d’acier.

Je retranche, étoffe, raffine. Je consulte les fichiers contenant tout ce que ne contient pas le roman : la biographie des personnages, la description physique des lieux, etc. Je rends compte de mes progrès à mon amie A. : si je montre des signes de procrastination, elle sortira son fouet. Son fouet!? Pas exactement. Elle me rappellera mes objectifs en mettant à profit son formidable savoir en psychologie.

En aparté

Octobre est le mois de l’histoire des femmes. Il s’achève dans quelques heures, mais il n’est pas trop tard pour explorer ce volet de notre histoire encore largement méconnu (tout comme le volet autochtone).

Alexandra Stréliski est en train de remettre la douceur et la musique instrumentale à la mode. Elle collectionne les honneurs ces temps-ci. Son album Inscape accompagne régulièrement mes séances de réécriture depuis la fin septembre. Si vous ne l’avez pas encore écouté, je vous le recommande chaudement.

Déjouer les singes

Il s’est écoulé sept ans entre la publication de mon premier et de mon deuxième roman. J’étais déterminée à ne pas dépasser cinq années entre le deuxième et le troisième. J’ai raté ma cible. Qu’importent les raisons.

En août, j’avais une fois de plus le sentiment que ma carrière littéraire appartenait au passé. Du reste, absorbée par la traduction d’un énorme rapport, je n’avais guère le temps d’écrire. Le hasard ou la providence (qui ne sont sans doute qu’une seule et même chose, au fond) a fait que j’ai reçu à ce moment-là mes droits d’auteur pour les douze derniers mois — 194 $ (jolie somme pour un « vieux » livre)! J’ai encaissé mon chèque en me disant que, malgré les apparences, je devais donc être encore une écrivaine après tout.  

Plus tôt ce mois-ci, j’ai assisté à la célébration de vie d’une amie décédée. Toute sa vie, cette femme avait été habitée par un profond sentiment de solitude, mais la salle comble et les témoignages de tout un chacun disaient au contraire une pléthore de relations fécondes. Malgré ses perceptions, elle avait toujours été bien entourée.

Illusions et apparences nous jouent des tours. Sans cesse. Comme une bande de singes chahuteurs, nos pensées s’agitent sous notre calotte crânienne sans nous laisser un instant de répit pour goûter ce qu’il y a de bon là, devant nous.

Il faut apprendre à les déjouer.

En aparté

J’ai commencé il y a quelques semaines un projet littéraire sur Instagram : Mon catalogue instalittéraire du quotidien. Je vous invite à le découvrir ici et à me dire ce que vous en pensez.

Écrire c’est… [27]

[…] un exercice qui m’enfièvre. Je peux passer des heures et des jours devant un texte. L’écriture amène à la surface des pensées obscures, enfouies.

— Brigitte Haentjens, Un regard qui te fracasse

On ne meurt plus

Passage censuré. Mot interdit. La cliente est on ne peut plus claire : je dois trouver une formule moins indécente, exit le mot « mort »! Je note cet ajout à la longue liste de ses directives de rédaction.

On ne meurt plus. Voilà qui explique l’invasion de zombies.

Pourtant, comme l’a si bien dit Paulo Coelho :

En général, la mort fait que l’on devient plus attentif à la vie.

Art public et nids-de-poule

Détail d'une murale montrant le regard d'une jeune fille en profil.

Les grands chantiers de construction comportent en général un volet artistique. Ainsi, la ville d’Ottawa a-t-elle commandé plusieurs œuvres d’art pour les stations de son nouveau réseau de train urbain. Un pour cent du budget est consacré à l’art public. Pour la phase 2, cela représente environ 10 millions de dollars [1].

Dans les transports collectifs, je croise souvent des gens qui s’en scandalisent et crient au « gaspillage ». Certes, au premier coup d’œil, ils ont raison de s’interroger. Pourquoi dépenser 10 millions en pur luxe quand il y a tant de nids-de-poule à réparer et que la ville manque de logements sociaux?

Il faut voir plus loin que les briques et l’asphalte.

Les retombées de l’art public sont difficiles à mesurer, mais on sait que l’art est bon pour le cerveau [2] et qu’un quartier laid ou dilapidé nuit à la bonne santé mentale de ceux et celles qui y vivent [3].  Bref, investir dans l’art, ce n’est pas un luxe, mais un moyen de promouvoir le bien-être de la population.

Nicolas Domenach affirmait récemment qu’une « société ne se vit pas sans cœur ni rêves » [4]. L’art public fait partie de cette part de cœur et de rêve essentielle aux communautés humaines.

1. Jon Willing. « City wants ‘narratives’ in $10M public art buy for Stage 2 », Ottawa Citizen, 14 mars 2019, https://ottawacitizen.com/news/local-news/city-wants-narratives-in-10m-public-art-buy-for-stage-2.
2. Jean-Pierre Changeux, cité dans « Les bienfaits de l’art sur la santé », La Presse, 5 novembre 2017, http://plus.lapresse.ca/screens/30bd548f-59b4-4ebc-bd6a-4a8641074843__7C___0.html.  
3. Mary Hui. « Study : When a city’s trashy lots are cleaned up, residents’ mental health improves », The Washington Post, 17 août 2018, https://www.washingtonpost.com/news/inspired-life/wp/2018/08/17/study-when-a-citys-trashy-lots-are-cleaned-up-residents-mental-health-improves/?utm_term=.0c0fd8d47cb8.
4. Nicolas Domenach. « La liberté consiste d’abord à ne pas mentir », Le Nouveau Magazine Littéraire, novembre 2018, https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/%C2%AB-la-libert%C3%A9-consiste-dabord-%C3%A0-ne-pas-mentir-%C2%BB.

Image du bandeau : détail d’une murale de la rue Bank, à Ottawa (Ontario).

La persistance des rats

Après la moisissure, j’ai dû lutter contre les rats. La lutte n’est d’ailleurs pas terminée. Ils sont apparemment nombreux dans le quartier. Les frasques de ces envahisseurs dans mon plafond rendent la maison étrangement sonore. Les chats figent, tête levée. Ils ne demanderaient pas mieux que de leur casser le cou, mais ils ne sont pas bêtes, les rats. Jamais ils ne viennent se promener où un chat pourrait les croquer. L’exterminateur fait des visites périodiques. Il est catégorique : il les aura tous, ce n’est qu’une question de temps. Bref, il sera plus persistant que les rats eux-mêmes, qui ont inspiré cette phrase à Balzac :

Je n’ai qu’une seule bonne qualité, c’est la persistante énergie des rats, qui rongeraient l’acier s’ils vivaient autant que les corbeaux.

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