Des rayonnages biens garnis

Pour la deuxième fois en quelques semaines, je lis au sujet de cette librairie new-yorkaise où l’essentiel du personnel est constitué d’écrivaines et écrivains : la librairie BookCourt. Paul Assouline y consacre un billet. Je la mettrai sans doute à mon itinéraire le jour où je visiterai enfin la Grosse pomme. Et si l’achalandage s’avère plutôt léger au moment de mon passage, j’oserai peut-être engager la conversation avec l’une de mes homologues. Par exemple, je pourrais lui demander son opinion sur la traduction littéraire et, surtout, le fait que les États-Unis déversent tant de livres chez nous, francophones (et de même chez les lusophones, les hispanophones, etc.), alors qu’eux boudent (pratiquement) tout ce qui vient d’ailleurs.

Mon amie F., qui s’apprête à déménager, a confié à mes soins une partie de sa bibliothèque. J’ai ainsi hérité de plusieurs volumes de la Pléiade, ainsi que des Mémoires de Philippe Aubert de Gaspé – un magnifique volume illustré par Maîtrejean. Pour tout vous dire, je ne sais pas quand je m’attaquerai à cette brique (quand j’achèverai À la recherche du temps perdu ou, sinon, quand viendra la semaine des quatre jeudis, les deux me paraissant pour l’instant aussi probables!). Néanmoins, je ne pouvais laisser passer cette beauté reliée en rouge, qui dégage un irrésistible parfum de vieux papier.

Par la poste, j’ai reçu deux nouveautés des Éditions David : Un bon jour, il va bien falloir faire quelque chose, d’Alain Cavenne, et Xman est back en Huronie, de Joëlle Roy. Quel fossé entre la langue du Québécois de Gaspé et celle de ces plumes franco-ontariennes; un fossé de cent cinquante ans, grosso modo. (On peut lire une trentaine de pages de chacun sur le site À vos livres, le nouveau site du Regroupement des éditeurs canadiens-français.)

En feuilletant le roman de Mme Roy, j’ai repensé à une discussion sur les parlers régionaux que j’aie eu récemment avec une collègue acadienne. Quand j’étais enfant, ma mère s’est démenée pour contrer l’influence de notre environnement joualisant. Elle a réussi.

« Comment ça va encore? Dad la joue en A avec sa grosse voix de wanta be Johnny Cash. J’aurais dû prendre une guitare. Si je la jouais, les paroles viendraient avec. Mais on peut pas tout avoir! Ça va revenir. Si c’est moindrement comme le paysage, ça va revenir. Je commence à me demander si ça fait deux cents champs que je vois ou ben si c’est toujours le même qui finit pus… Heureusement que le train se pose pas trop de questions. Il a l’habitude. C’est l’habitude qui tait les questions? Je saurais pas, j’ai pas l’habitude. »

(Xman est back en Huronie, p. 9)

C’est une écriture contemporaine, proche de l’oralité comme le sont la majorité des livres publiés de l’autre côté de la frontière justement, chez nos voisins états-uniens. Elle a du souffle, c’est indéniable. Sauf que, comme lectrice, je recherche autre chose. Et comme autrice, je trouve toujours délicat de concilier couleur locale et exportabilité (c’est-à-dire, mon désir d’écrire un texte authentique qui pourra cependant voyager, qui restera lisible ailleurs en Francophonie).

Manuel de survie alcoolisé

Commençons par une mise au point : je bois très peu — une coupe de vin, un mojito ou un petit verre d’amaretto à l’occasion. J’ai quand même bien aimé le livre de Duane  Swierczynski, arrivé récemment dans ma boîte aux lettres : Un cocktail en toute occasion. Je l’ai aimé pour son humour et pour le brin d’histoire dont l’auteur saupoudre chaque recette. Dans ce manuel pour apprendre « que boire, où, quand, comment et avec qui », on trouve de quoi soigner la gueule de bois, tuer les limaces, impressionner son grand-père, accompagner un livre d’Hemingway ou un marathon de Star Trek, etc.

Sympa! Je n’ai toutefois pas testé les recettes.

SWIERCZYNSKI, Duane
Un cocktail en toute occasion
Éd. de l’Opportun, 2003

De tremblements en découvertes

Le numéro 151 de la revue Liaison est arrivé dans ma boîte aux lettres cette semaine. J’ai relu ma critique de L’homme qui mangeait des livres, roman de Patrice Robitaille. Une critique très dure.

Je tremblais presque quand j’ai envoyé par courriel mon texte à la revue. Étais-je allée trop loin?

Je vise toujours à offrir une critique juste et équilibrée, qui  met en lumière tant les points forts que les points faibles d’un livre. Je m’abstiens d’insultes gratuites, puisque je sais combien de temps et d’efforts il faut pour accoucher d’un roman. Pour autant, je n’encense pas un livre faiblard! (Comme le soulignait récemment Jean Barbe, « les louanges ne veulent plus rien dire » quand tout le monde y a droit.)

Je pourrais longuement discourir sur mes angoisses de critique littéraire, mais que pourrais-je dire que d’autres n’ont dit avant? Et pourquoi est-ce que je continue à critiquer les œuvres de confrères et consœurs si j’en pâtis? Très égoïstement, parce que la critique m’aide à parfaire ma propre écriture.

Un peu plus tôt ce mois-ci, est également parue ma chronique printanière dans À bon verre, bonne table (vol. 18, no 4), intitulée « Tout le monde dehors ». J’y recense deux livres, sans trembler :

La route des grands crus de la bière – Québec et Nouvelle-Angleterre, de Martin Thibaul et David Lévesques Gendron, publié chez Québec-Amérique.

Balcons, terrasses et petits jardins, de Lise Meunier, publié chez Fleurus.

EXTRAIT : « Le retour du printemps nous pousse à sortir du cocon feutré du foyer. Certains choisiront de lézarder au jardin ou sur le balcon. D’autres se sentiront appelés par la route et voudront partir en quête de découvertes. »

Arrivages récents

Parmi les titres que j’ai reçus récemment, figurent beaucoup de livres sur les plantes et les jardins. Je sais, ça peut sembler étrange au beau milieu de l’hiver, mais je viens tout juste de livrer ma chronique de l’été…

CHRISTENSEN, Andrée. La mémoire de l’aile, roman, Ottawa, Éd. David, 2010.

L’écriture de Mme Christensen est poétique, mystique même. Cliquez sur le titre pour accéder au site de l’éditeur, où il est possible de lire quelques pages du livre.

Le traité Rustica du Jardin : 1000 conseils-clés, Paris, Rustica, 2003.

Il y a mieux. Si vous jardinez, optez pour un ouvrage nord-américain et plus récent.

BOUDASSOU, Bénédicte. Jardins d’inspiration, Paris, Rustica, 2009.

Le livre porte bien son titre. Il nous fait visiter quelques jardins célèbres en France, dont ceux de plusieurs châteaux.  Les photos sont magnifiques, et c’est assez général pour nous inspirer aussi, même si on ne travaille pas avec les mêmes plantes et qu’on n’a pas nécessairement autant d’espace!

BLOT, Nathalie. Bien fleurir en ville, De Vecchi, 2009.

Quelques idées intéressantes pour la composition, mais, comme je le dis toujours, en fait de jardinage, les ouvrages français sont d’une utilité limitée, parce que notre climat est beaucoup plus rigoureux et que nous ne pouvons utiliser les mêmes plantes.

Coffret Les 1001 saveurs qu’il faut avoir goûtées dans sa vie (sous la direction de Frances Case, préfacé par Paul Bocuse) et Les 1001 vins qu’il faut avoir goûtés dans sa vie (sous la direction de Neil Beckett), Trécarré.

Un coffret pour celles et ceux qui ont la curiosité gustative assez poussée. Les photos sont magnifiques, surtout dans Les 1001 vins qu’il faut avoir goûtés dans sa vie. Le volume consacré aux saveurs est en fait une petite encyclopédie des aliments. Chaque entrée comporte une description du goût éclairante, qui ne manque parfois pas d’étonner. Celle du nori dit :

« Le nori est doux, avec seulement un faible goût de mer, car il pousse près des estuaires. Croquant et savoureux, c’est un accompagnement parfait pour la sauce soya et, de manière assez surprenante, le fromage. »

STUPPY, Wlofgang et al. Dans le secret des plantes. Un monde étrange et fascinant, Romain Pages Éditions, 2010.

Voici un beau-livre aux photographies étonnantes, traduit de l’anglais. Le sujet? La reproduction des plantes. À feuilleter avec de jeunes curieuses et curieux.

Lundi, pêle-mêle

Fin septembre, je vous ai parlé d’Incendies, le film du cinéaste Denis Villeneuve. Stanley Péan brosse un portrait de M. Villeneuve dans le plus récent numéro du magazine Le Libraire. Je me suis découvert certaines filiations littéraires avec lui, dont une admiration commune pour Frank Herbert.

Ce matin, j’évite ma table de travail. Toutes les excuses sont bonnes : j’ai du classement à faire et des comptes à payer, je ne me sens pas créative, etc. Pour la nième fois, je déplace la pile de livres qu’on m’a spontanément envoyés en service de presse. Aussi bien saisir l’occasion pour vous en parler…

BETTANE, Michel, et DESSAUVE, Thierry. Le grand guide des vins de France 2011, Éd. de La Martinière.

On vante le format réduit, mais c’est encore une brique de plus de 1000 pages, à l’apparence rébarbative, conçue en fonction d’un lectorat européen.

SHRIVER, Lionel. Double faute, roman, Belfond.

C’est le troisième roman de Mme Shriver traduit en français. Mme Shriver est notamment l’auteure de Il faut qu’on parle de Kevin. J’évite comme la peste les traductions de l’anglais ou de l’américain, et l’intro insipide ne m’a pas vraiment donné le goût de me procurer l’original (Double Fault, Serpent’s Tail, 2006).

LAMONTAGNE, André. Les fossoyeurs, Éd. David.

Celui-là, je vais le lire. Le premier paragraphe est prometteur :
« Pour entrer dans cette histoire, il faut imaginer la sensation de la terre dans la bouche, visualiser la topographie inaliénable qui divise Québec entre la ville basse et la ville haute et saisir la géographie fragile de Vancouver, ouverte à toutes les eaux. Il faut aussi avoir la foi des déséspérés et croire en des filiations souterraines. » Vous pouvez parcourir les premières pages ici.

 Bon, assez tergiversé. Prête pas prête, je dois travailler à mon manuscrit.

Propos tranchants

C’est le titre de la chronique que je signe dans le numéro automnal du magazine À bon verre, bonne table (vol. 18, no 1). J’y présente les deux livres suivants :

Soudain l’étrangeté (nouvelles), de Françoise Lepage, Éd. David, 2010.

Coupes et découpes (guide illustré), de Marianne Lumb, Éd. de L’Homme, 2010.

Françoise Lepage est surtout connue pour ses essais et ses livres jeunesse. Jean Malavoy a dit d’elle : « Elle a écrit des monuments, qui vont demeurer » (cité par Valerie Lessard, dans Le Droit du 24 janvier 2010). Sa première incursion dans l’univers de la fiction pour adulte est l’une des plus belles œuvres de la littérature franco-ontarienne qu’il m’ait été donné de lire à ce jour (et je suis triste de savoir qu’il n’y aura pas de suite, puisque Mme Lepage est décédée en janvier). Elle a su exploiter toutes les possibilités de ce genre malaimé qu’est la nouvelle.

Un bain de verdure

C’est le titre de la chronique que je signe dans le numéro estival du magazine À bon verre, bonne table (vol. 17, no 6). J’y présente les livres suivants :

Alain Laurens et collaborateurs. Cabanes d’exception (beau-livre), Éditions de la Martinière, 2009.

Albert Mondor et Daniel Gingras. Attirer la faune au jardin (guide pratique), Éditions de L’Homme, 2009.

 

EXTRAIT : « Retomber en enfance? Pourquoi pas! Encore mieux : transformer ses rêves d’enfants en art de vivre. C’est ce que font… »

Un raté somptueux

Le numéro 148 de la revue Liaison vient de paraître. J’y signe une critique intitulée « Un raté somptueux », consacrée au plus récent livre de Daniel Soha : L’Orchidiable.

EXTRAIT : « Tandis que les Beatles chantent All you need is love, une adolescente londonienne d’une beauté édénique découvre la sensualité, telle une orchidée éclose au creux de ses entrailles… »

Retours aux sources

C’est le titre de la chronique que je signe dans le numéro estival d’À bon verre, bonne table, paru à la fin d’avril. J’y présente les livres suivants :

Nicole V. Champeau. Pointe Maligne : l’infiniment oubliée, présence française dans le Haut Saint-Laurent ontarien, Vermillon, 2009.

Gérald Le Gal. Aventure sauvage de la cueillette à l’assiette, Marcel Broquet, 2009.

 

EXTRAIT :
« Inutile de cherche le nom dans Google Maps ou dans votre atlas routier. Pointe Maligne est l’un des nombreux toponymes français ayant été effacés des cartes et de la mémoire collective. »

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