Écrire c’est… [24]

Lever de soleil près de Québec

Écrire c’est ma religion.

À tâtons, à force d’écorchures et à coup d’affirmations positives, je tente d’approcher un peu cette façon d’écrire que dépeint Hélène Dorion dans Recommencements :

Simplement, j’écris un livre pour la lumière qu’il créera en moi.

 

Écrire c’est… [23]

Mon amie A., qui connaît mon faible pour les citations, m’a texté celle-ci aujourd’hui :

Qui écrit quand j’écris?

— Éric-Emmanuel Schmitt

Une question intrigante, n’est-ce pas? On touche ici à la métaphysique. Parfois, c’est bien moi, dans toute ma terrestrialité, qui écrit. Parfois, l’espace d’un instant, les mots semblent venir d’ailleurs, quelque chose — les muses, une essence divine — parvient à s’exprimer à travers moi. Il y a des jours où je dois bûcher des heures pour goûter quelques secondes d’extase, durant lesquelles mon écriture transcende mon bagage, mes doutes, mes blessures, ma temporalité.

Écrire, c’est du travail, mais je ne pourrais pas vivre sans écrire. L’écriture me guérit. Et chaque texte est une blessure que je cherche à refermer.

— Serge Bouchard

Écrire devient alors un baume.

Écrire c’est… [21]

Patrick Modiano, lauréat du Nobel de littérature, affirme l’importance de l’imagination chez celui ou celle qui écrit :

[…] loin de déformer la réalité, [son imagination] doit la pénétrer en profondeur et révéler cette réalité à elle-même, avec la force des infrarouges et des ultraviolets pour détecter ce qui se cache derrière les apparences. Et je ne serais pas loin de croire que dans le meilleur des cas le romancier est une sorte de voyant et même de visionnaire. Et aussi un sismographe, prêt à enregistrer les mouvements les plus imperceptibles.

 Discours prononcé devant l’Académie de Stockholm le 7 décembre 2014.

Écrire c’est [20]

L’art de l’écrivaine consiste en quelque sorte à « s’enlever du chemin »…

Ton manque de volonté, tes idées étriquées, mets-les de côté et permets à quelque chose de plus grand que toi de s’exprimer.

Natalie Goldberg (traduction)

Écrire c’est… [19]

Dans le magazine The Writer de ce mois (septembre 2013), Cynthia Joyce écrit [traduction] :

J’ai d’abord été soulagée. Alors, même les écrivaines d’expérience éprouvent cette agitation et cette angoisse qui me sont si familières? Peut-être y avait-il de l’espoir pour moi, peut-être réussirais-je un jour à faire une écrivaine de moi.

Et puis j’ai été saisie d’épouvante. Comment, même les écrivaines d’expérience éprouvent cette agitation et cette angoisse familières? Et je me suis dit que, au final, je n’avais peut-être pas vraiment envie d’une carrière d’écrivaine(*).

* Cynthia Joyce, « Not for robots », The Writer, vol 126, no 9, p. 6.

Écrire c’est… [18]

Dans son Journal d’un écrivain en pyjama, Dany Laferrière explique :

[…] écrire n’est pas une opération qu’on peut entreprendre de manière désinvolte. Quand on a porté une histoire trop longtemps en soi, on sent monter la fièvre au moment d’écrire. On doit alors se tempérer afin de dégager un espace pour pouvoir travailler dans le calme. Si García Márquez a pu écrire Cent ans de solitude, c’est parce que sa femme s’est occupée de tout ce qui concerne la vie quotidienne.

Est-ce qu’un homme accepterait aussi facilement de s’occuper « de tout ce qui concerne la vie quotidienne » pour que sa femme puisse écrire? J’en doute. J’ai peut-être trop vu de films sur la vie d’artistes malmenées par leur conjoint ou amant : Camille Claudel, Sylvia Plath, Frida Kahlo.

La fièvre est là, oh! elle me dévore. Pourtant, même la tête brûlante, je dois continuer de conjuguer l’écriture avec le reste : responsabilités professionnelles, corvées ménagères, etc. Pour ne pas perdre le fil de l’histoire et ne pas confondre mes personnages, je multiplie les diagrammes, les plans, les fiches.

Si un jour, suivant l’exemple de Laferrière, j’écris mon « Journal d’une écrivaine », une chemise aux manches retroussées remplacera le pyjama.

Écrire c’est… [17]

La romancière Elisabeth Vonarburg, grande dame de la science-fiction québécoise, parlait dans le dernier numéro de Nuit Blanche (no 129) de son rapport à l’écriture et à la lecture :

Et puis la folie obsessionnelle d’Achab*, et la férocité de toute la chose (telle que je l’imagine), ça ne m’attire pas. L’écriture est pour moi une joute, certes, et le mystère de l’univers une question toujours ouverte et un peu saignante, mais l’une et l’autre sont aussi des joies, et non des affrontements mortels.

Elle a beaucoup lu, dit-elle, mais avoue ne plus lire autant qu’elle le devrait. J’ajouterais que la romancière, à trop lire, finirait par manquer de temps pour écrire! J’aime la répartie de Vonarburg quand à ses choix de lectures :

[…] on n’est pas le lecteur de tous les livres, comme on n’est pas l’ami de tout le monde.

* Personnage central de Moby Dick, roman de l’écrivain américain Herman Melville.

Écrire c’est… [16]

Dans les mots d’Hubert Haddad :

Écrire c’est mettre en avant le mot qu’on n’attendait pas, afin de moduler, l’une avant l’autre, des phrases inespérées qui entraînent vers une résolution au fond miraculeuse.

Écrire c’est… [15]

Pour une traductrice-réviseure (mon métier alimentaire), le doute est un allié précieux. L’autrice, elle, voudrait pouvoir le terrasser. Et si la clé, c’était de le transmuer?

[…] car écrire c’est aussi douter, douter en permanence, savoir que la vérité est ronde, qu’elle nous échappe ou nous pousse vers l’illusion, la vérité se fait souvent ombre, plane au-dessus de nos têtes et nous écrase par sa lumière quand elle éclate.

— Tahar Ben Jelloun,
extrait d’un discours prononcé pour l’ouverture officielle du Festival international de littérature de Berlin, le 7 septembre 2011.
Le discours complet est disponible sur le site Web de l’écrivain.

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