Décision

Il y a les décisions rationnelles. Le choix d’un nouvel ordinateur portable, par exemple. Je dresse la liste des caractéristiques cruciales pour moi : légèreté, confort de frappe, autonomie de la pile. À cela s’ajoutent les facteurs éthiques, notamment la réputation de l’entreprise en matière sociale et environnementale. Une fois appliqués ces facteurs et critères, mon choix devient clair. Pas de doute possible. Je règle la facture et déballe mon achat sans remords.

D’autres décisions relèvent plutôt du cœur. Mon départ de Montréal au début des années 1990, par exemple, et chacun des grands jalons de ma vie. Ce sont des décisions que j’ai prises malgré les listes, parce que la raison était impuissante à discerner pleinement leurs formidables ramifications. Elles ont toutes eu quelque chose d’impératif, un caractère d’évidence qui m’est apparu, selon le cas, avec la vivacité éblouissante d’un flash ou au bout d’une lente maturation sous la surface de ma conscience. Pas de doute là non plus, malgré une certaine nervosité en arrière-plan.

Mon cœur a pris une décision ce mois-ci.

En l’an 2019, j’aurai l’âge qu’avait ma mère à sa mort et j’entamerai, sans doute ni remords, une toute nouvelle vie.

Je vous en reparlerai bientôt. J’ai hâte.

Juillet, sueurs infinies

WIN_20180731_14_14_06_Pro (2)Les rubans d’asphaltes emmagasinent la chaleur. On cuit en ville. Il faudrait faire de tous les stationnements (les parkings de nos cousines françaises) des boisés, remplacer les lignes blanches par des arbres.

Je vis encore sans la climatisation à la maison. Ça commence à ressembler à du masochisme avec l’été que nous avons ici (je ne suis d’ailleurs pas la seule résistante à vaciller). Un lundi de juillet particulièrement cuisant, j’ai écrit à la bibliothèque publique et dans mon café favori plutôt que de fondre en sueurs.

J’ai été plutôt silencieuse ces derniers temps; l’insatiable Facebook m’a rappelé maintes fois que mes abonnées n’avaient pas eu de mes nouvelles depuis un long moment. N’allez pas croire que je suis en vacances. Au contraire, c’est parce que je trime fort. J’espère pouvoir vous annoncer de bonnes nouvelles d’ici quelques mois, à la condition que je ne laisse pas mon métier alimentaire siphonner toute mon énergie; car, ces temps-ci, j’y expérimente la notion d’infini, manifesté dans ma liste de tâches. Un vers de Margaret Atwood me revient en tête :

A word after a word after a word is power.

Mot après mot après mot… Un pouvoir émerge de l’accumulation de lettres, morphèmes et vocables. Un mot à la fois, une tâche à la fois.

Ringarde

20180521_124339 (2)Quand j’ai fait mes premiers pas dans l’écriture, au début de la vingtaine, j’ai eu le sentiment aigu de ramer à contre-courant. Mon style et, surtout, mes choix de thèmes ne cadraient pas avec les goûts de l’époque. J’accusais ma différence (c.-à-d. les quatre roues). J’éprouve à nouveau ce sentiment ces temps-ci; toutefois, à moins d’un an de mon cinquantenaire, je le mets cette fois sur le compte de mon âge. J’ai l’impression que de toutes parts on me crie « Tu es tellement ringarde! »

Certes, j’ai regardé Perdu dans l’espace en noir et blanc et mes premières traductions, je les ai faites sur une dactylo; mais suis-je pour autant ringarde? Je ne suis peut-être pas tombée sous le charme d’Instagram, mais je suis une championne d’EverNote!

Mon père est décédé il y a trois ans et il me manque encore. Nos conversations me manquent, son affection et sa sagesse me manquent. Papa a fait ses devoirs à la lumière d’un fanal et a travaillé comme bûcheron durant les grandes coupes réalisées pour électrifier la Gaspésie. Je l’ai toujours trouvé pertinent, même à 72 ans. Lui ai-je parfois donné à mon insu le sentiment d’être ringard? J’espère que non. Bien sûr, nous avons eu nos désaccords, mais, sauf rares exceptions, nos échanges ont toujours contribué à élargir ma perspective. Ces exceptions, ce sont les rares sujets (notamment le mouvement des carrés rouges), où nous étions incapables d’écoute véritable parce que l’un ou l’autre était convaincu d’avoir raison.

* * *

Dans le milieu des arts, comme dans bien d’autres, on réfléchit aux moyens à prendre pour diversifier les perspectives en ce moment; en effet, on reconnaît que la diversité est porteuse de valeur ajoutée. À ce sujet, je vous invite à lire le texte que je signe dans le plus récent numéro de Participe présent, consacré entièrement à la diversité : « Champlain, Hawking et moi ».

Butinages

pour le web - sculpture

Le mois tire à sa fin, et je n’ai encore rien publié sur ce blogue. J’ai des idées, mais j’aurais besoin de temps pour les structurer et les développer convenablement. En attendant, je vous invite au butinage.

Puisque c’est aujourd’hui la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, je vous invite à prendre connaissance de la bataille juridique en cours pour défendre les droits des autrices et auteurs au Canada*. Après, pour vous remonter le moral, je vous propose une escapade du côté de chez Nick Botting, qui présente sur son blogue des œuvres d’art où le livre et la lecture tiennent la vedette.

Sur Le Fil rouge, Laurence Barrette dresse quant à elle un petit palmarès des plus beaux comptes Instagram pour les bibliophiles qui aiment les livres à la fois pour leur contenu et leur esthétisme.

Bons butinages!


* Le magazine Quill and Quire a publié en février un compte rendu plus détaillé en anglais.

Aimer les arts, soutenir les arts

Le mécénat est vital pour les arts. Depuis toujours.

La Fontaine et Molière ont pu écrire leurs chefs-d’œuvre notamment grâce au soutien financier d’un mécène qui avait pour nom Nicolas Fouquet. À l’ère des médias sociaux, le mécénat devient, lui aussi, social.

patreon_logomark_color_on_whiteVous aimez ce que j’écris? Vu avez lu ici quelque chose qui a piqué votre curiosité ou vous a inspirée? Exprimez votre gratitude en rejoignant mon cercle de mécènes sur Patreon! Vous m’aiderez de cette façon à continuer mon œuvre créatrice et aurez droit à des exclusivités. J’ai ajouté un lien vers ma page Patreon dans la colonne de droite.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur Patreon.

La prose s’évente

Fleurs de mai_modifié« On aime les artistes torturées. Laissez-moi plutôt être une artiste illuminée », ai-je écris témérairement dans mon journal.

Les artistes torturées, rongées par la noirceur, elles sont nombreuses : Nelly Arcan, Sylvia Plath, Camille Claudel… Il me semble plus difficile de trouver des exemples de l’autre sorte, des artistes de la trempe de Maud Lewis, qui peignait pour la seule joie de peindre; ou de Kim Thúy, capable de lancer tout sourire en entrevue un aphorisme comme :

Si vous dites à l’autre qu’il est grand, il est obligé d’être grand.

Kim Thúy est une grande autrice, et elle fera l’an prochain son entrée dans le dictionnaire Robert.

De mon côté, j’irai m’éventer avec mes livres au parc Parkdale d’Ottawa le 10 juin. S’y tiendra la troisième édition de Prose des vents, un festival littéraire bilingue. En après-midi, je prendrai part, avec Liliane Gratton, Kalula Kalambay et Véronique Marie Kaye, à une table ronde intitulée : « L’Histoire dans le roman est-elle une mise en contexte sociale ou plutôt un catalyseur narratif? »

Réponse(s) à Prose des vents…

Entre-temps, voici un court passage de Ru où Kim Thúy donne à l’Histoire couleurs, parfum et grâce :

[…] tous ces personnages de mon passé ont secoué la crasse accumulée sur leur dos afin de déployer leurs ailes au plumage rouge et or, avant de s’élancer vivement vers le grand espace bleu, décorant ainsi le ciel de mes enfants, leur dévoilant qu’un horizon en cache toujours un autre et qu’il en est ainsi jusqu’à l’infini, jusqu’à l’indicible beauté du renouveau, jusqu’à l’impalpable ravissement. […] Je me suis avancée dans la trace de leurs pas comme dans un rêve éveillé où le parfum d’une pivoine éclose n’est plus une odeur, mais un épanouissement; où le rouge profond d’une feuille d’érable à l’automne n’est plus une couleur, mais une grâce; où un pays n’est plus un lieu, mais une berceuse.

Des sujets et des livres

Je sais que vous vous demandez ce qui amène une écrivaine à choisir tel ou tel sujet plutôt qu’un autre. Tatiana de Rosnay explique en ces mots la genèse de son bouleversant Elle s’appelait Sarah :

Je me suis toujours intéressée à la mémoire des lieux. Je reste convaincue que les murs gardent en eux la trace et l’esprit de ce qu’ils ont pu abriter en événements douloureux. […]  Née au début des années 1960, je n’ai pas appris les details de la rafle du Vel d’Hiv à l’école. J’ai commencé à me documenter. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai été tour à tour effondrée, bouleversée, choquée, blessée. C’est pour tenter de réparer cette blessure que j’ai écrit ce livre.

Gabrielle Roy, elle, a décrit la naissance de Bonheur d’occasion comme une inévitabilité, une sentence presque :

À force d’écouter parler les gens au cours des soirs d’été, je me vis un jour avec un roman à écrire sur les bras. D’abord, je n’en voulus pas. Je me rebiffai. Au vrai, ai-je jamais vraiment consenti à être écrivain? Je ne pense pas. J’avais déjà trop bien pressenti qu’embarqué dans ce chemin, on ne peut en voir le bout. On marche de colline en colline; chacune est un peu plus haute que la précédente mais jamais assez pour voir au-delà de celle qui vient. Des nouvelles, des contes, des récits qui me rendraient assez vite ma liberté; cela, oui, je le voulais bien. Mais un roman!

Ces jours-ci, quand je m’installe devant l’évier pour laver la vaisselle, j’écoute l’audiolivre Big Magic (traduit en français sous le titre Comme par magie). Pour Elizabeth Gilbert, chaque sujet, chaque idée choisit son auteur ou son écrivaine. De fait, l’idée à l’origine du livre que j’ai récemment soumis à mon éditeur m’est tombée dessus pendant un après-midi caniculaire.

Bien entendu, j’ai par la suite investi des heures de recherche et de réflexion afin de la développer et de la raffiner, cette idée. Le produit final atteindra-t-il l’idéal littéraire qu’évoquait Léon Mazzella dans un récent commentaire? L’avenir le dira. J’ose croire qu’il est encore possible en ce siècle d’écrire avec style une histoire irrésistible, que lectrices et lecteurs voudront dévorer.

Comment choisissez-vous vos lectures? Est-ce que vos achats (ou emprunts) de livres sont guidés par la production hollywoodienne, par le palmarès de Renaud-Bray, les critiques — les vraies, celles qui ne sont pas de simples conseils de consommation, mais cherchent plutôt à élargir vos horizons en vous donnant de « nouvelles clés » — ou, encore, les recommandations d’amies? Le Fil rouge propose une formule bibliothérapeutique, qui vous permet de recevoir directement à la maison des « lectures inspirantes ».

Je lis en ce moment Est-ce que je te dérange, d’Anne Hébert. Il était posé sur un présentoir à la bibliothèque quand j’y suis allée. Je ne pouvais pas le laisser là!

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