La persistance des rats

Après la moisissure, j’ai dû lutter contre les rats. La lutte n’est d’ailleurs pas terminée. Ils sont apparemment nombreux dans le quartier. Les frasques de ces envahisseurs dans mon plafond rendent la maison étrangement sonore. Les chats figent, tête levée. Ils ne demanderaient pas mieux que de leur casser le cou, mais ils ne sont pas bêtes, les rats. Jamais ils ne viennent se promener où un chat pourrait les croquer. L’exterminateur fait des visites périodiques. Il est catégorique : il les aura tous, ce n’est qu’une question de temps. Bref, il sera plus persistant que les rats eux-mêmes, qui ont inspiré cette phrase à Balzac :

Je n’ai qu’une seule bonne qualité, c’est la persistante énergie des rats, qui rongeraient l’acier s’ils vivaient autant que les corbeaux.

Inondations

De la moisissure s’est installée dans un coin du sous-sol. L’eau a trouvé un interstice. L’eau trouve toujours un chemin pour s’infiltrer. Tenir maison, c’est en somme tenir tête à la nature. Un conflit larvé.

Pour des centaines de ménages en Outaouais, le conflit s’est changé une fois de plus en un combat harassant ce printemps. Leurs maisons se gangrènent dans les flots de la rivière, qui n’en finit plus d’élargir.

L’humain, malgré sa science, n’a pas appris à établir un domicile confortable sans entrer en conflit avec l’environnement. Dans la Rome antique, on a bien trouvé la recette d’un béton rendu plus fort par l’assaut des vagues, mais cela demeure une exception.

Il me semble plus urgent que jamais d’apprendre à vivre et bâtir avec la nature plutôt que contre elle.

Les inondations en cours provoqueront peut-être une prise de conscience. Patrick Lagacé, lui, parlait d’un autre genre d’inondation dans La Presse en mars dernier : l’inondation numérique. Se couper ou non de Facebook, là est la question — d’autant qu’on commence à douter de la valeur de la plateforme comme outil promotionnel pour les artistes, à moins de payer (vous avez certainement remarqué la quantité de contenu commandité sur votre mur).

Ces mots de Shakespeare décrivent en somme assez bien les médias sociaux : des fables pleines de bruit et de fureur qui ne signifient rien*.

* « Life… is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing »
William Shakespeare, Macbeth.

Un optimisme franco-ontarien

Ma décision de quitter Montréal pour Ottawa m’a amenée à jeter un regard très différent sur le fait français en Amérique, et sur mon identité francophone.

Ottawa m’a d’abord adressé la parole en anglais. J’ai fini par apprendre que je pouvais quand même répondre bonjour — en fait, j’ai appris qu’un simple bonjour pouvait être un acte politique. Au Québec, j’avais grandi parmi des francophones majoritaires, mais qui se définissaient par leurs défaites : les plaines d’Abraham, la rébellion des Patriotes, le référendum. En Ontario, j’ai grossi les rangs d’une francophonie minoritaire, mais se définissant plutôt par ses victoires : la bataille des épingles à chapeau, la Loi sur les services en français, Monfort (et bientôt, à n’en pas douter, l’Université de l’Ontario français).

Écrire à Ottawa

C’est à Ottawa que je suis vraiment devenue écrivaine. Mon premier roman, j’en ai écrit une bonne partie à la table de ma cuisine, dans un appartement de la rue O’Connor, à quelques rues du Parlement. Je l’ai toutefois publié chez un petit éditeur montréalais. La plupart des exemplaires sont restés invendus et ont fini au pilon quand l’éditeur a fermé boutique. J’en ai rescapé une brassée. Plus tard, peut-être ferai-je de ce livre une réécriture à la Laferrière.

Mon deuxième roman, Un jour, ils entendront mes silences, a connu un sort plus heureux. Est-ce que publier à Ottawa m’aurait porté chance? Les Éditions David m’ont annoncé ce mois-ci sa réimpression — belle surprise! Le tirage initial est épuisé. Je suis enchantée que le livre suscite encore un intérêt six ans après sa parution, et que David lui insuffle un nouveau souffle.

Virages et vertige

Ce mois-ci, paraît ma dernière chronique dans À bon verre, bonne table. En effet, après quinze ans, j’ai décidé de céder ma place à quelqu’un d’autre et d’ouvrir la porte à de nouvelles possibilités. J’ai pris la décision il y a plusieurs mois, mais elle se concrétise à peu près en même temps qu’une autre, majeure celle-là : mon départ de l’emploi que j’occupe depuis une décennie pour démarrer ma propre entreprise.

Moins de prévisibilité, plus de liberté!

Je vous avoue éprouver un certain vertige, mais je suis aussi emplie d’un optimisme tout franco-ontarien.

Décision

Il y a les décisions rationnelles. Le choix d’un nouvel ordinateur portable, par exemple. Je dresse la liste des caractéristiques cruciales pour moi : légèreté, confort de frappe, autonomie de la pile. À cela s’ajoutent les facteurs éthiques, notamment la réputation de l’entreprise en matière sociale et environnementale. Une fois appliqués ces facteurs et critères, mon choix devient clair. Pas de doute possible. Je règle la facture et déballe mon achat sans remords.

D’autres décisions relèvent plutôt du cœur. Mon départ de Montréal au début des années 1990, par exemple, et chacun des grands jalons de ma vie. Ce sont des décisions que j’ai prises malgré les listes, parce que la raison était impuissante à discerner pleinement leurs formidables ramifications. Elles ont toutes eu quelque chose d’impératif, un caractère d’évidence qui m’est apparu, selon le cas, avec la vivacité éblouissante d’un flash ou au bout d’une lente maturation sous la surface de ma conscience. Pas de doute là non plus, malgré une certaine nervosité en arrière-plan.

Mon cœur a pris une décision ce mois-ci.

En l’an 2019, j’aurai l’âge qu’avait ma mère à sa mort et j’entamerai, sans doute ni remords, une toute nouvelle vie.

Je vous en reparlerai bientôt. J’ai hâte.

Juillet, sueurs infinies

WIN_20180731_14_14_06_Pro (2)Les rubans d’asphaltes emmagasinent la chaleur. On cuit en ville. Il faudrait faire de tous les stationnements (les parkings de nos cousines françaises) des boisés, remplacer les lignes blanches par des arbres.

Je vis encore sans la climatisation à la maison. Ça commence à ressembler à du masochisme avec l’été que nous avons ici (je ne suis d’ailleurs pas la seule résistante à vaciller). Un lundi de juillet particulièrement cuisant, j’ai écrit à la bibliothèque publique et dans mon café favori plutôt que de fondre en sueurs.

J’ai été plutôt silencieuse ces derniers temps; l’insatiable Facebook m’a rappelé maintes fois que mes abonnées n’avaient pas eu de mes nouvelles depuis un long moment. N’allez pas croire que je suis en vacances. Au contraire, c’est parce que je trime fort. J’espère pouvoir vous annoncer de bonnes nouvelles d’ici quelques mois, à la condition que je ne laisse pas mon métier alimentaire siphonner toute mon énergie; car, ces temps-ci, j’y expérimente la notion d’infini, manifesté dans ma liste de tâches. Un vers de Margaret Atwood me revient en tête :

A word after a word after a word is power.

Mot après mot après mot… Un pouvoir émerge de l’accumulation de lettres, morphèmes et vocables. Un mot à la fois, une tâche à la fois.

Ringarde

20180521_124339 (2)Quand j’ai fait mes premiers pas dans l’écriture, au début de la vingtaine, j’ai eu le sentiment aigu de ramer à contre-courant. Mon style et, surtout, mes choix de thèmes ne cadraient pas avec les goûts de l’époque. J’accusais ma différence (c.-à-d. les quatre roues). J’éprouve à nouveau ce sentiment ces temps-ci; toutefois, à moins d’un an de mon cinquantenaire, je le mets cette fois sur le compte de mon âge. J’ai l’impression que de toutes parts on me crie « Tu es tellement ringarde! »

Certes, j’ai regardé Perdu dans l’espace en noir et blanc et mes premières traductions, je les ai faites sur une dactylo; mais suis-je pour autant ringarde? Je ne suis peut-être pas tombée sous le charme d’Instagram, mais je suis une championne d’EverNote!

Mon père est décédé il y a trois ans et il me manque encore. Nos conversations me manquent, son affection et sa sagesse me manquent. Papa a fait ses devoirs à la lumière d’un fanal et a travaillé comme bûcheron durant les grandes coupes réalisées pour électrifier la Gaspésie. Je l’ai toujours trouvé pertinent, même à 72 ans. Lui ai-je parfois donné à mon insu le sentiment d’être ringard? J’espère que non. Bien sûr, nous avons eu nos désaccords, mais, sauf rares exceptions, nos échanges ont toujours contribué à élargir ma perspective. Ces exceptions, ce sont les rares sujets (notamment le mouvement des carrés rouges), où nous étions incapables d’écoute véritable parce que l’un ou l’autre était convaincu d’avoir raison.

* * *

Dans le milieu des arts, comme dans bien d’autres, on réfléchit aux moyens à prendre pour diversifier les perspectives en ce moment; en effet, on reconnaît que la diversité est porteuse de valeur ajoutée. À ce sujet, je vous invite à lire le texte que je signe dans le plus récent numéro de Participe présent, consacré entièrement à la diversité : « Champlain, Hawking et moi ».

Butinages

pour le web - sculpture

Le mois tire à sa fin, et je n’ai encore rien publié sur ce blogue. J’ai des idées, mais j’aurais besoin de temps pour les structurer et les développer convenablement. En attendant, je vous invite au butinage.

Puisque c’est aujourd’hui la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, je vous invite à prendre connaissance de la bataille juridique en cours pour défendre les droits des autrices et auteurs au Canada*. Après, pour vous remonter le moral, je vous propose une escapade du côté de chez Nick Botting, qui présente sur son blogue des œuvres d’art où le livre et la lecture tiennent la vedette.

Sur Le Fil rouge, Laurence Barrette dresse quant à elle un petit palmarès des plus beaux comptes Instagram pour les bibliophiles qui aiment les livres à la fois pour leur contenu et leur esthétisme.

Bons butinages!


* Le magazine Quill and Quire a publié en février un compte rendu plus détaillé en anglais.
%d blogueurs aiment cette page :