Les morts (autofiction brève)

« Aujourd’hui, je sais que je vis sur du temps emprunté, mais je n’ai pas peur de la mort. Comme je suis chargé de rêves et d’illusions, ce dont j’ai peur, c’est de ne pas avoir le temps de faire ce que j’ai envie de faire. »

Michel Vézina

Super lune de novembre 2016

Qui suis-je pour toi?

Je stationne devant une porte fermée. Une porte que j’ai moi-même fermée — claquée, à vrai dire. Ce n’est pas la première.

J’habite un quartier où se pratique encore l’évangélisation porte-à-porte. Ils sont faciles à reconnaître, les colportrices et les colporteurs de la parole divine fossilisée. Deux par deux, ils vont, avec leurs beaux habits et leur langue endimanchée.

Par la fente de la porte entrouverte, les voici qui me tendent un de leurs dépliants décorés de ciels bleus et de nuages blancs. « Non, merci. » Tellement polie! Polie au point de m’excuser pour une éructation inaudible. Le sais-tu? Une fois, pour les choquer, j’ai ajouté : « Je suis sorcière. » Ils ont fait mine de n’avoir rien entendu et, d’un hochement de tête, ils m’ont saluée avant de tourner calmement les talons.

Devant ta porte entrouverte, j’étais colportrice. Tu faisais aussi dans l’excès de politesse. (Nous avons reçu une éducation similaire.) Combien de temps sommes-nous restées ainsi, dans l’étau bien comme il faut du statu quo? Jusqu’au jour où, d’exaspération, j’ai claqué moi-même la porte.

Panique et regret n’ont pas tardé à déferler. Je venais d’achever à coups de poignard la bonne petite fille sage qu’était ta « Zozée », programmée par sa maman pour une vie de recueillement. Il y aurait un prix à payer. Bien sûr, on n’en était pas à une mort près, mais cette mort-là était arrivée par mes mains.

Les moineaux pépient et picorent de-ci de-là entre les feuilles mortes. Ils sont libres, et moi aussi. Bientôt, l’hiver blanchira tout. Nous mourrons peut-être de froid. Mais qu’importe. Ma vie entière, à une dizaine de mois près, je l’ai vécue sur du temps emprunté. Sans l’hiver, le printemps n’existerait pas. Alors, je veux bien braver l’hiver et ses nuits tentaculaires.

La lune se lève, sa face réfléchit faiblement le soleil, qu’elle permet ainsi à la terre de contempler. La douceur de sa lumière fait presque oublier la désolation de novembre.

Je ne me suis pas rendue jusqu’à ta porte. Tu restes en sécurité au haut de ton escalier. J’ai plusieurs fois imaginé ma mort, elle ne me fait pas peur. C’est de mourir au passé qui me terrifie. Je m’étais imaginée ouvreuse de porte, mais il manque des clés à mon trousseau. Je devrais peut-être me recycler en forgeuse?

Sur l’incomplétude de ma vie, la lune fait briller sa parfaite rondeur et enveloppe le paysage d’une aura de mystère. Le présent vit, le présent luit. Ce soir, je suis pour moi sorcière. Regarde-moi enchanter mes lendemains de lilas, de pique-niques et de rires.

Ci-dessus : Super lune du 14 novembre 2016, avec l’aimable permission de Guy Théroux. Un merci spécial à Jeannine Ouellette qui a obtenu pour moi la permission du photographe.

Écrire, sublimer

J’ai feuilleté hier quelques ouvrages en quête de pistes pour le cercle littéraire que j’animerai tantôt. Point de départ de la discussion, suggéré par une participante au dernier cercle : l’autocensure.

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Grande fatigue

Des interrupteurs à 1 m du sol, c’est normal chez moi, tout comme la douche de plain-pied avec ses barres d’appui.

C’est normal de me déplacer sur quatre roues. Chez moi, l’absence d’escalier va de soi. Laver la vaisselle est une activité qu’on accomplit en position assise, parce que même si vos pieds ne sont pas de simples parures, la basseur de l’évier aura tôt fait de vous donner mal au dos.

C’est quand je sors de chez moi, du cadre de mon quotidien, que je deviens handicapée. Je dois alors soumettre hôteliers, commerçantes et autres gens à un interrogatoire serré avant mon arrivée :

Il n’y a pas de marche à l’entrée?

Les portes ont quelle largeur?

L’évier, je vais pouvoir entrer en dessous?

Etc.

Et malgré mes interrogatoires, j’ai parfois des surprises déplaisantes. C’est, euh… normal? Et le supplément pour un taxi accessible à Moncton, normal aussi?

C’est fatigant, l’inaccessibilité.

*

Écrire douze heures d’affilée aussi, c’est fatigant, mais c’était un choix. Vingt-quatre auteures et auteurs réunis dans un train pour écrire un livre de 24 chapitres en 24 heures, cela m’a semblé une proposition irrésistible et, surtout, plus « accessible » que, par exemple, une résidence d’écriture en France dans une maison datant d’avant la Confédération.

Mon chapitre m’a été assigné à mon arrivée à Moncton. J’ai eu deux jours pour y réfléchir et faire mes recherches. Interdiction formelle d’écrire une seule ligne avant le départ de Halifax! J’ai respecté la consigne, bien sûr.

Je m’estime généralement chanceuse si j’ai un ou deux paragraphes solides après une séance d’écriture. Là, on me demandait de produire d’une traite 2 800 mots, plus ou moins 15 %.

La lune, quoi.

800 mots :
Je n’ai pas vraiment levé les yeux de l’écran depuis notre départ, vers midi. Déjà plus que ce que je rédige normalement en une journée. L’équipe du documentaire vient filmer dans ma cabine. C’est intimidant d’écrire avec une caméra par-dessus votre épaule.

900 mots :
Visite de Stéphane Cormier pour discuter d’une question sans aucun rapport avec notre aventure.

1081 mots :
Café? Oui, merci. Un coup d’œil au cellulaire m’apprend qu’il est déjà 17 h 40.

1101 mots :
On annonce Miramichi dans 10 minutes. Il paraît qu’Ian Monk a déjà fini son premier jet. J’engloutis mon souper.

1255 mots :
Dessert et visite de Mireille Messier. Ça avance? Couci-couça. Elle en est à peu près au même point.

2123 mots :
Minuit et deux, l’heure H. Fini. La qualité plutôt que la quantité? Espérons. Trop fatiguée pour porter un jugement. J’ai les neurones en jello.

Je n’ai pas vraiment dormi cette nuit-là.

Lever de soleil près de Québec

L’insomnie a ses avantages : j’ai pu admirer le lever du soleil et les paysages. Quelques heures plus tard, après assemblage et correction, la version préliminaire du livre a été présentée au public à Toronto.

Sortie officielle en librairie la troisième semaine de novembre. Vous m’en donnerez des nouvelles!

*

Les préjugés, ça fatigue… d’une autre façon. J’ai bien aimé la réplique de Stéphane Laporte à une « personne handicapée du jugement et de la sympathie ». Il a utilisé une fois de plus sa notoriété pour éduquer avec un grand doigté.

J’éduque aussi chaque fois que je suis invitée quelque part comme écrivaine. Même quand je ne parle pas de mon handicap. Ma différence se voit, ma présence dit quelque chose.

Il y a des moments où je trouve ça fatiguant, ces rappels que je ne suis pas normale. Mais à chacun son anormalité…

« Pour certains humains sur cette planète, il manque des petits bouts de bras, des petits bouts de jambes, des petits bouts de connexions dans le cerveau. Pour l’ensemble des humains, il manque des petits bouts d’amour, des petits bouts de tendresse, des petits bouts de cœur. » (S. Laporte, La Presse, 24 octobre 2015)

La porte

Les transitions sont des moments dangereux qui nous perchent au milieu de rien, désintégrés par la perte de l’instant fort auquel on s’était habitué et l’inexistence de celui qui suivra (manger? travailler? pleurer?). C’est sûrement dans les transitions que les dépressifs sombrent dans la dépression, les criminels dans le crime, et les artistes dignes de ce nom dans des illuminations qui bousculeront leur vie et celle des autres.

— Monique Proulx, Le cœur est un muscle involontaire.

Une grande fatigue s’est emparée de moi. Combien d’oncles, de cousines et d’amis larmoyants ai-je embrassés? Leur émotion ravivait chaque fois la mienne. Puis le défilé a pris fin. Je suis rentrée chez moi, où tout paraît normal en surface. Je ne pleure plus.

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Quand même

Bien sûr, il y a les statues défigurées d’Hatra

Bien sûr, il y a ici et là des barbares qui rouspètent ou dégoupillent à la vue d’un livre, d’une intellectuelle ou d’une main levée pour revendiquer un droit qu’ils désapprouvent

droit à un environnement sain
droit à l’intégrité physique
droit à l’avortement
droit à l’expression
droit à l’éducation
droit à l’égalité
etc.

 

Bien sûr, toute cette désespérance
cause de vos orgies de distractions

On se croit oint
on n’est qu’humain

Mais je vais quand même continuer à créer
parce que tout reste à imaginer
parce que tout reste à aimer.

Vingt-deux ans

« Seul on peut aller vite.
Ensemble nous irons plus loin. »
— Yann Perreau

Une partie de moi est restée là, figée à jamais dans cet instant.

J’ai vingt-deux ans. Je viens de terminer mon baccalauréat. Dehors, les pelouses sont vertes et les rudbeckies exhibent au soleil leurs grandes corolles jaunes.

Je suis assise au chevet de ma mère, dans une chambre sombre et climatisée où l’on va et vient à pas feutrés. Je suis là pour faire mes adieux. Je ne sais pas exactement combien de jours ou d’heures nous avons, mais je sais la fin imminente. Maman enveloppe tout d’un regard serein, malgré la douleur qui tire ses traits.

Aimer, c’est aussi accepter de laisser partir.

Ce moment, elle a commencé à m’y préparer dès que j’ai su parler, je pense. Elle a tant craint que, sans elle, je sois reléguée à la crasse institutionnelle, comme si elle savait d’avance que la mort nous séparerait tôt. Elle m’a appris l’autonomie, à ne jamais demander aux autres de faire à ma place ce que je pouvais faire moi-même.

J’ai depuis appris que l’autonomie n’est qu’une illusion; une illusion qui nous rend malades et fous, d’ailleurs. Nous sommes, toutes et tous, interdépendants. Vous connaissez quelqu’un, vous, qui fait pousser ses aliments, les prépare et forge ses propres outils après en avoir miné les métaux? Certaines personnes construisent des maisons, d’autres aident leurs congénères à composer avec leurs phobies ou les dérident avec de bonnes histoires.

Au plan affectif, aussi, nous sommes interdépendants. Notre bonheur et notre équilibre sont intimement liés à notre capacité d’entrer en relation avec les autres.

La mère d’une amie a été hospitalisée il y a quelques jours; les hospitalisations se succèdent. Alors, naturellement, la mort s’est invitée dans notre conversation. L’espace d’un instant, j’ai eu à nouveau vingt-deux ans.

Mon amie et moi sommes sans enfants.

— Tu crois qu’il y aura quelqu’un à notre chevet? m’a-t-elle demandé.

Au chevet de ma mère, il y avait aussi ses amies.

Sans doute meure-t-on comme on a vécu.

La fissure en toute chose

Quand ai-je entendu la première fois mon père prononcer les mots? Je ne sais plus. C’était peut-être dans un bout de conversation entre adultes, entendus à la dérobée. J’épiais souvent les adultes quand j’étais petite (maintenant, j’épie avec la même curiosité les inconnus dans l’autobus). Ou c’était peut-être un de ces soirs où, sirotant un verre au salon avec une vieille amie de la famille, mon père se laissait aller aux confidences. Enfin, ces mots, mon père les avait prononcés avec un tel détachement, sur le même ton qu’il aurait annoncé : « il pleut dehors ».

 — Beaucoup de gens m’ont demandé pourquoi on ne l’avait pas institutionnalisée.

C’est le genre de chose qu’on disait à l’époque. Vous aviez une enfant handicapée : vous la jetiez dans une institution à l’abri des regards.

Dans quelques années, si Steven Fletcher a raison et que, de fait, l’obsession des bébés-boumeurs pour l’efficacité et la jeunesse éternelle l’emporte et que nos gouvernements légalisent l’euthanasie, on commencera à poser une tout autre question au sujet des personnes handicapées. En fait, celle-là, on nous la posera directement. On nous demandera, sur un ton faussement compatissant :

— Pourquoi tu n’en finis pas proprement?

Vous croyez que j’exagère? Peut-être. Je l’espère.

Mes parents ont fait un choix subversif. Ils m’ont gardée. Ils m’ont aimée. Pis encore, ils m’ont promenée au centre commercial, ils m’ont encouragée à socialiser avec les enfants du voisinage et ils ont insisté pour que l’État m’éduque avec les « normaux ».

Dans quelques années, le comble de la subversion sera de vouloir s’accrocher de toutes ses forces aux derniers lambeaux de sa vie, d’exhiber sa carcasse décrépite en public avec un sourire et de répondre aux imbéciles demandant pourquoi vous choisissez de souffrir alors qu’il y a une solution tellement simple…

— Je vous emmerde!

J’ai repensé à M. L. aujourd’hui.  « La bataille contre mon handicap se passe dans ma tête et dans celles des gens autour » , m’a-t-elle dit quand je l’ai interviewée pour Un jour, ils entendront mes silences. M. L. s’accrochait avec tant de force à la vie malgré l’ignominie dont faisaient preuve les médecins et sa famille à son égard. La douleur ne l’empêchait pas de parler de la beauté de son corps « tout en courbes ».

Le poète chante : oublie la perfection; il y a une fissure en toute chose; c’est par là qu’entre la lumière…

Une autre parole

La parole bouillonne en moi : une parole caustique, instinctive, chaotique que je m’efforce de dégrossir et structurer sur le papier.

J’ai le temps. Au contraire d’autres écrivaines et artistes, je ne suis pas déchirée par le « conflit entre maternité et création » (1). Mes déchirements à moi sont ailleurs, ils sont d’une autre nature.

Le niveau de scolarité des femmes a surpassé celui des hommes au Canada, rapportait-on plus tôt ce moi-ci (2). Notre parole continue cependant d’avoir moins de poids que celle des hommes. Nous ne nous intéressons pas aux mêmes enjeux que nos concitoyens (3) (4). De surcroît, on tend encore à nous chosifier. L’extrait d’une entrevue de Dustin Hoffman qui circule ces jours-ci sur la toile en dit long : pour qu’on porte attention à une femme, elle doit être belle. Automatiquement remonte en moi la parole d’Annie Leclerc :

[…] le premier ingrédient qui compose notre poison est notre valeur, capacité aux plus grands sacrifices, haute vertu du dévouement, généreuse puissance de l’abnégation et du silence.
Et le deuxième ingrédient de notre poison, qui n’agit véritablement que soutenu par le premier est celui de notre beauté, non pas comme un fait incontestable, mais comme un ultimatum ancré en nous-mêmes. Si tu n’es ni jeune ni belle (les deux conditions sont exigées), tu n’es plus ou pas véritablement femme, c’est-à-dire pour l’homme. (5)

Évidemment, les obstacles sont encore plus grands pour les femmes marginalisées qui veulent créer ou prendre la parole.

Comment encourager et soutenir l’expression des femmes à travers les arts? Voilà la question à laquelle réfléchit un petit groupe de femmes, dont je fais partie. Nous avons une idée, que nous travaillons actuellement à mettre au point. Je vous en reparlerai d’ici l’automne.

Entre-temps, Un jour, ils entendront mes silences continue de faire son chemin. Il a été récemment choisi finaliste des Prix Handi-Livres dans la catégorie « roman ». Le Fonds Handicap & Société par Intégrance et la Bibliothèque nationale de France coorganisent ces prix, qui visent à faire connaître une parole plutôt marginale, justement, à mettre en lumière des livres qui traitent des handicaps.

1. Pascale Navarro. « Des femmes en art », Gazette des femmes, 19 juin 2012.

2. « Le niveau de scolarité des femmes surpasse celui des hommes », Radio-Canada, 26 juin 2013.

3. « The female perspective », National Post, 10 juillet 2013.

4. « Women, especially in Canada, are more ignorant of politics and current affairs than men, says UK research », National Post, 2 juillet 2013.

5. Annie Leclerc. Parole de femme, édition 25e anniversaire, Babel (Actes Sud), 2001, p. 52.

Lettre posthume à David A.

Cher David,

J’ai appris avec un retard considérable la nouvelle de ta mort. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. J’aurais aimé te présenter mon amie Jenny : elle aurait insisté pour que tu essaies la voile et t’aurait appris à commander un Martin 16 à la paille. Filer sur l’eau procure un tel sentiment de liberté — à condition de ne pas avoir peur de l’eau, bien sûr!

J’ignore ce que tu faisais avant de faire les manchettes. Aimais-tu la lecture, le théâtre, les beaux-arts? Si ta plus grande passion était l’escalade, le piano ou le rafistolage de vieux bazous, ta frustration a dû être grande après l’amputation de tes membres. Certes, on n’est jamais trop vieux ou trop magané pour commencer à cultiver une nouvelle passion, sauf que nous, êtres humains, avons souvent du mal à laisser aller ce qui est passé.

Permets-moi une question indiscrète : regrettes-tu ta décision d’en finir avec l’aide d’un ami? Es-tu heureux à présent ou est-ce que le désespoir qui t’habitait ici t’a suivi de l’autre côté? Je suis curieuse, vois-tu, d’autant plus que le gouvernement du Québec vient d’annoncer il y a quelques jours son intention de légiférer pour permettre « l’aide médicale aux mourants désireux qu’on mette un terme à leurs souffrances ». Je m’interroge sur la sagesse d’une telle loi parce que je m’inquiète pour celles et ceux qui, tout en étant encore habités par un désir de vivre, pourraient se sentir obligés de suivre ton exemple par crainte de déranger, d’être un peu trop encombrants…

Les médias ont parlé de ta colère quand tu as appris que ton cœur s’était arrêté à l’hôpital, mais que les médecins l’avaient forcé à rebattre. J’aurais probablement été en colère aussi. J’aime ma vie, j’entends bien l’aimer jusqu’au bout, de toutes mes forces, mais arrivée au bout, justement, je ne veux pas qu’on me retienne, parce que je crois qu’il y a un temps pour chaque chose; un temps pour vivre et un temps pour mourir. Ce sont les saisons de l’existence humaine. Je pense qu’il faut les honorer, plutôt que de chercher à les précipiter ou à les retarder; puisque chaque saison a ses beautés, de même que sa raison d’être.

Je sais, les saisons, on n’a plus pour elles le respect qu’on avait jadis. On veut manger des fraises et des asperges toute l’année.

Adieu, David. Je te souhaite de goûter enfin la paix et le bonheur.

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