Butinages

pour le web - sculpture

Le mois tire à sa fin, et je n’ai encore rien publié sur ce blogue. J’ai des idées, mais j’aurais besoin de temps pour les structurer et les développer convenablement. En attendant, je vous invite au butinage.

Puisque c’est aujourd’hui la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, je vous invite à prendre connaissance de la bataille juridique en cours pour défendre les droits des autrices et auteurs au Canada*. Après, pour vous remonter le moral, je vous propose une escapade du côté de chez Nick Botting, qui présente sur son blogue des œuvres d’art où le livre et la lecture tiennent la vedette.

Sur Le Fil rouge, Laurence Barrette dresse quant à elle un petit palmarès des plus beaux comptes Instagram pour les bibliophiles qui aiment les livres à la fois pour leur contenu et leur esthétisme.

Bons butinages!


* Le magazine Quill and Quire a publié en février un compte rendu plus détaillé en anglais.

Les invisibles

Si vous êtes propriétaire d’une maison ou d’un appartement, je présume que, comme moi, vous aimez bien pouvoir exhiber (à la parenté, à vos amies, à votre oncle Antoine ou à votre déneigeur même) le résultat des travaux pour lesquels vous avez stoïquement ponctionné votre compte en banque. De nouvelles armoires pour la cuisine ou une décoration au goût du jour pour la salle de bain des maîtres, c’est sexy! Tandis que le remplacement d’une vieille conduite enfouie à trois mètres de profondeur ou d’une pompe hors d’usage dans les entrailles de la maison vous laisse un arrière-goût amer. Vous avez beau vous répéter que ces travaux étaient nécessaires, leur invisibilité vous empêche d’en tirer une fierté publique. (Sacrilège!)

Dans ma vie littéraire, je me suis surtout consacrée à des travaux invisibles cette année. J’ai notamment cherché à excaver certaines de mes croyances quant au succès et à la condition d’artiste. J’ai rejeté l’aura de l’autrice torturée et, petit à petit, je me fraie un chemin vers une créativité à l’enseigne de la jouissance et de l’illumination.

Le mot « Démenottée », qui intitulait mon billet de juillet, semble à lui seul contenir l’essence même de cette démarche. J’ai écrit, bien sûr; j’ai encore plusieurs projets en chantier. J’ai fait beaucoup de soumissions aussi. On y a souvent répondu par la négative (mes billets de septembre et novembre étaient des refus recyclés), mais une de mes soumissions a été incluse dans la collection de textes publiés sous le titre : Raconter Vanier.

J’ai lu 17 livres (moins que l’an dernier). Celui qui m’a le plus marquée s’intitule Kuei, je te salue. Il s’agit d’un échange de lettres entre Deni Ellis Béchard et Natasha Kanapé Fontaine — entre un Allochtone et une Autochtone ayant en commun l’écriture et un désir de dépasser les idées reçues. Mon exemplaire est rempli de passages soulignés, d’icônes exclamatives et de notes.

Tout se transforme en une lutte intérieure surhumaine pour atteindre la grâce.

— Natasha Kanapé Fontaine

Une lutte invisible…

Un des moments phares de cette année de travaux invisibles, ce fut mon séjour chez les Augustines, à Québec — où j’ai trouvé un peu de grâce, justement.

Dans cette grâce, j’ai puisé la force d’essayer des approches nouvelles. Par exemple, j’ai créé un cercle de mécènes, lequel vous permet d’exprimer de façon très concrète votre appréciation pour le contenu original publié ici (et, ce faisant, compenser les coûts inhérents au maintien du site). Les mécènes, encore invisibles, mais dont je pressens déjà la solidarité féconde, auront droit à des récompenses exclusives, en fonction de leur niveau d’engagement financier.

Ces travaux invisibles, je pourrais aussi les appeler « fondations ».

[À suivre]


MISE À JOUR : Aucun mécène ne s’étant manifesté, en décembre 2019, j’ai supprimé le site que j’avais créé sur la plateforme Patreon pour recueillir des contributions financières.

La prose s’évente

Fleurs de mai_modifié« On aime les artistes torturées. Laissez-moi plutôt être une artiste illuminée », ai-je écris témérairement dans mon journal.

Les artistes torturées, rongées par la noirceur, elles sont nombreuses : Nelly Arcan, Sylvia Plath, Camille Claudel… Il me semble plus difficile de trouver des exemples de l’autre sorte, des artistes de la trempe de Maud Lewis, qui peignait pour la seule joie de peindre; ou de Kim Thúy, capable de lancer tout sourire en entrevue un aphorisme comme :

Si vous dites à l’autre qu’il est grand, il est obligé d’être grand.

Kim Thúy est une grande autrice, et elle fera l’an prochain son entrée dans le dictionnaire Robert.

De mon côté, j’irai m’éventer avec mes livres au parc Parkdale d’Ottawa le 10 juin. S’y tiendra la troisième édition de Prose des vents, un festival littéraire bilingue. En après-midi, je prendrai part, avec Liliane Gratton, Kalula Kalambay et Véronique Marie Kaye, à une table ronde intitulée : « L’Histoire dans le roman est-elle une mise en contexte sociale ou plutôt un catalyseur narratif? »

Réponse(s) à Prose des vents…

Entre-temps, voici un court passage de Ru où Kim Thúy donne à l’Histoire couleurs, parfum et grâce :

[…] tous ces personnages de mon passé ont secoué la crasse accumulée sur leur dos afin de déployer leurs ailes au plumage rouge et or, avant de s’élancer vivement vers le grand espace bleu, décorant ainsi le ciel de mes enfants, leur dévoilant qu’un horizon en cache toujours un autre et qu’il en est ainsi jusqu’à l’infini, jusqu’à l’indicible beauté du renouveau, jusqu’à l’impalpable ravissement. […] Je me suis avancée dans la trace de leurs pas comme dans un rêve éveillé où le parfum d’une pivoine éclose n’est plus une odeur, mais un épanouissement; où le rouge profond d’une feuille d’érable à l’automne n’est plus une couleur, mais une grâce; où un pays n’est plus un lieu, mais une berceuse.

Des fruits et des utopies

fruitsDans une ville qu’on surnomme la « Grosse pomme », un professeur amoureux de beauté et de nature a fait pousser un arbre digne du jardin d’Éden, qui arbore un feuillage multicolore et produit un assortiment de fruits délectables. Il a commencé par étudier le calendrier de floraison des arbres fruitiers du verger qu’il venait d’acquérir, puis il a pris une bouture d’arbre et a commencé à y greffer différentes variétés fruitières. Ainsi est né l’arbre aux quarante fruits.

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Cris, résistance et confession

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Tout le monde crie haut et fort son opinion, mais qui écoute vraiment?

J’ai envie de silence.

J’ai envie d’éteindre la radio et aussi de décrocher de Facebook, la grande machine à surveiller et endoctriner; me libérer de mes « fers numériques ».

Il nous manque des espaces d’échange et de rencontre vraiment libres en ligne, ou plutôt les moyens pour en créer. Je vois comme un acte résistance le fait de ne posséder aucun appareil arborant la pomme de Jobs, mais, à moins de s’appeler Réjean Ducharme et d’avoir écrit des livres phares comme L’avalée des avalés et L’hiver de force, celui ou celle qui veut écrire aujourd’hui ne peut bouder complètement les médias.

Confession : Je n’ai pas lu L’avalée des avalés ni L’hiver de force. J’ai acheté le premier, mais la typographie fine et serrée me rebute et, après quelques lignes, je finis chaque fois par me dire : « Plus tard ».

Un jour, plus tard viendra.

Pour l’instant, à l’abri des bruits du monde, j’écoute en boucle l’album de Jean-Michel Blais. Tantôt, j’ai soumis un texte aux Prix de la création Radio-Canada. L’écriture de ce bref récit m’a permis d’oublier momentanément le manuscrit pour lequel je n’ai pas encore trouvé le bon éditeur, et la suite que j’ai néanmoins déjà amorcée.

Je pense à une citation de Claudia Marchand relevée quelque part récemment :

[…] si tout le monde est d’accord avec toi, tu n’as rien dit de nouveau.

Illustration : Henry Christopher McCook, American spiders and their spinning work. A natural history of the orbweaving spiders of the United States, with special regard to their industry and habits, 1889 [Internet Archive Book Images]

 

Plaidoyer pour l’art

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Pourquoi l’art? Dans un récent numéro du journal Le Devoir, l’homme d’affaire et mécène Pierre Bourgie lançait un vibrant plaidoyer pour l’art :

L’art n’est pas une distraction, un amusement, un divertissement. Il n’est pas à prendre à la légère. C’est un langage universel qui unit, qui induit la réconciliation des contraires. […] L’art est exigeant. Il demande du temps, de l’introspection, un effort de l’esprit. Il faut aller au concert, lire, visiter les galeries, les musées, aller au théâtre, au cinéma. Il faut apprendre à écouter, à sortir de notre rassurante routine, à confronter nos idées, nos points de vue. Il faut être prêt à être déstabilisé, bousculé dans nos certitudes. Le monde évolue à la vitesse de l’éclair. Il faut s’adapter, constamment. L’humour ne suffit pas. Ni la gastronomie.

Avez-vous pensé à inscrire un peu d’art au programme de votre année 2017? Oserez-vous lire quelque chose de différent, aller au théâtre, mettre le nez dans une galerie?

Image : L’arbre de vie de Séraphine de Senlis, Musée d’art et d’archéologie de Senlis.

Écrire, sublimer

J’ai feuilleté hier quelques ouvrages en quête de pistes pour le cercle littéraire que j’animerai tantôt. Point de départ de la discussion, suggéré par une participante au dernier cercle : l’autocensure.

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