Mots et technos : pistes de réflexion

Le numérique soulève des questions épineuses pour le droit d’auteur. Des réflexions se sont amorcées outre-Atlantique (notamment ici et ). Elles finiront forcément par avoir des échos en terre nord-américaine. Pour l’instant, la discussion tourne chez nous autour de la réglementation du prix des livres.

Catherine Voyer-Léger et Olivier Robillard-Laveaux dans une récente entrevue ont discuté du phénomène des blogues culturels, ainsi que de ses répercussions sur la valeur accordée au travail des journalistes. Certes, il faut se réjouir de la multiplicité des points de vue, mais il faut aussi prendre garde de sombrer dans un âge de l’amateurisme.

La force des médias sociaux — dont les blogues — réside pour moi tout particulièrement dans leur capacité à faciliter le maillage entre les créatrices et créateurs de différents milieux. Récemment, j’ai aussi réfléchi à la manière dont Internet et d’autres technologies peuvent aider une écrivaine à se rapprocher de son lectorat. Par exemple, j’ai découvert que des clubs de lecture invitent maintenant autrices et auteurs à prendre part à leurs discussions au moyen de Skype. Fascinant, non?

Dégourdissements

Il y a quelques semaines, Claude Lamarche a fait allusion dans un commentaire au temps que le blogue peut voler à l’écriture (voir mon billet du 31 janvier 2011, Les moyens et la volonté). Venise, citant Maxime Roussy, compare même le blogue à une bête à nourrir.

De fait, si on n’y prend garde, le blogue peut dérober du temps à d’autres écritures. Mais il peut, inversement, s’avérer libérateur. Car, on peut dégourdir sa plume sur le blogue, s’y livrer à des échappées bénéfiques, cultiver une plus grande spontanéité…

Quand La Roseraie des Transformeurs sera publié, combien de fois aurai-je relu chaque passage? Quatre, sept, dix, douze fois? Je relis les entrées du blogue deux ou trois fois, rarement plus (à moins qu’elles ne soient très complexes). Ma censeuse intérieure a moins le temps de faire son œuvre; elle apprend ainsi le lâcher-prise. Ma prose romanesque étoufferait (encore) dans sa poigne kadhafienne ne serait-ce de ces précieuses leçons… L’asepsie de la langue bureaucratique, que je pratique quotidiennement pour gagner ma croûte et qui tend conséquemment à être mon mode de communication « par défaut », l’achèverait. Ce qui resterait ne serait qu’une bouillie d’approximations.

Donc, pour mater ma censeuse, je blogue et je tiens un journal. Pour combattre l’asepsie bureaucratique, j’ajoute à ce régime une dose de poésie (un remède dont Envie d’écrire soulignait récemment les vertues).

Ci-dessus : Tête de Gorgone – Louvre, détail de la cheminée A,
dessin de Louis-Pierre Baltard (1803),
depuis Gallica.

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