Après Massāla : construction d’une grammaire

Dans ce dernier d’une série de trois billets autour de mon nouveau roman, je vous invite à explorer l’univers de Massāla à travers quelques-unes des inventions grammaticales insérées dans la parlure des personnages.

Collage avec plan manuscrit de la place de l'Étoile. Au centre on lit les mots : « Inventer un monde et... sa parlure ».

La langue porte et structure la pensée; elle véhicule une vision du monde. Il m’a paru insensé de raconter une société matriarcale et de faire parler ses membres en appliquant des règles de grammaire patriarcales, selon lesquelles «le masculin l’emporte sur le féminin».

Au sein de la massalité, le féminin l’emporte. Car, comme l’affirme une célèbre linguiste massalaise (citée dans une annexe du livre), «[s]eul le féminin a la force et l’extensibilité nécessaires pour contenir en lui le masculin. C’est inscrit dans la biologie.»

Bien que le féminin joue souvent le rôle de neutre, le massalais a aussi quelques mots de genre neutre en plus du masculin.

Quelques neutres massalais

cèli

La forme neutre de celle/celui.

toustes

Un pronom qui veut dire «toutes et tous».

Si vous êtes un ou une habituée de l’écriture inclusive, vous connaissez sans doute celui-là, qui circule depuis quelques années.

quèle

La forme neutre de quelle/quel.

Je pourrais aussi vous parler de « moé » et « noé », mais je ne voudrais tout de même pas gâcher votre lecture en vous en révélant trop ici. Toutes ces inventions, en donnant aux dialogues un parfum d’étrangeté, aident à une immersion plus complète dans l’univers de Massāla. Mais ne vous en faites pas : même les touristes francophones s’y retrouveront — promis!

Après Massāla : macrons et trémas

Dans ce deuxième d’une série de trois billets autour de mon nouveau roman, je vous invite à explorer l’univers de Massāla à travers quelques-uns des mots que j’ai créés ou redéfinis pour camper l’histoire.

L'image montre une carte faite à la main avec des chiffres. Sur une feuille lignée à côté, on voit une liste de noms associés aux différents chiffres : Wanakie, Srikoura, Indasie, Europiento, etc.

Les mots de la massalité

macron

nom masculin | Le macron est un signe diacritique dont l’invention précède la massalité, mais qui n’est généralement pas utilisé en français au XXIe siècle (calendrier grégorien). Il prend la forme d’une barre horizontale que l’on place le plus souvent au-dessus d’une voyelle. Le macron dans le nom de Massāla (ā) indique que cette voyelle est plus longue. 

Pourquoi Massāla plutôt que Massala, n’est-ce pas la même chose, me demanderez-vous? Ce n’est pas la même musique. Lorsque vous vous attardez sur le deuxième «a», soudain, un vent de mystère s’engouffre dans votre bouche, puis se faufile un chemin jusqu’à vos neurones.

grande-harmouïtrice; grand-harmouïteur

nom | Au sein du Consensoire, cèli [celui ou celle] qui écoute les divers points de vue et besoins relayés par les délégataires, puis mobilise toustes en vue d’une action commune qui sert l’équilibre vital et l’harmonie collective.

Dans «harmouïtrice», il y a les mots «harmonie» et «ouïr». Un peu plus d’écoute et d’harmonie, ça changerait nos parlements et assemblées législatives. Et le tréma dans «ouïr» fait presque toujours naître un sourire en moi.

Je reviendrai sur «cèli» et «toustes» dans le prochain billet.

Kiva

nom propre féminin | Le canon des écrits et images sacrées de la société massalienne. La Kiva comprend les Carnets rouges, les Psaumes de Massāla et les Épîtres sororaux.

Dans «Kiva», il y a le verbe aller (va), l’idée de mouvement. Il y a aussi comme un écho de «ça va», «ce qui va». J’ai découvert bien après coup que c’est aussi le nom donné à une pièce servant aux rituels religieux chez les Pueblos. La coïncidence m’a plu.

Après Massāla

Qui est Massāla? Une femme ordinaire, une messie, une impostrice? La réponse dépend de celui ou celle à qui vous posez la question. Tout le monde s’entend à tout le moins sur un point : elle était mère. Et, bien sûr, elle a aussi donné son nom à la nouvelle ère.

Je lance dans quelques jours mon troisième roman. C’est le premier tome d’une trilogie que j’ai intitulée Après Massāla. Dans ce billet, le premier d’une série de trois*, je vous invite à explorer l’univers de Massāla à travers quelques-uns des mots que j’ai créés ou redéfinis pour camper l’histoire.

Couverture du livre L'Ordre et la Doctrine - Après Massāla, tome 1. On voit un édifice massif surmonté par une coupole blanche au milieu d'un parc verdoyant. Des enfants courent ici et là. Dans le lointain, on distingue de hautes tours.

Les mots de la massalité

vir

nom masculin | Homme de sexe masculin.

En l’an 2021, pour les francophones, le mot «homme» désigne tantôt l’espèce, tantôt les mâles de l’espèce. À cause de cela, les «virs» ont souvent l’illusion de tout contenir, d’être universels; pourtant, ils comptent pour moins de la moitié de l’humanité.

homme

nom neutre | Terme générique qui désigne femmes et virs.

Le mot «homme» est enfin désambiguïsé et pleinement universel. Enri peut donc s’exclamer à propos de la directrice des Fouilles et Acquisition, au Musée panaméricain d’histoire et d’anthropologie: «Quèle homme!» Je reviendrai sur le mot «quèle» dans un autre billet.

massalais

nom masculin | Langue qui est à l’univers massalais ce que le latin était au temps de l’Empire romain.

* Ou quatre ou cinq? Hum… C’est un beau chiffre, cinq, mais… Et puis zut! tant qu’à y être, allons-y pour un autre trois.

Démenottée

Simone Veil est décédée le 30 juin. Elle a défendu le droit à l’avortement en France dans les années 70.

Une génération de féministes s’éteint, mais le combat se poursuit.

La langue a été ma voie d’accès au féminisme. C’est logique, vu que le langage est mon matériau premier comme autrice et traductrice. Le hasard (ou serait-ce la providence?) a voulu que je doive fréquemment traduire pour des institutions qui avaient pour politique de féminiser les textes.

La curiosité m’a poussée à vouloir comprendre la raison d’être de telles politiques. J’ai lu les linguistes, de Céline Labrosse à Éliane Viennot. Leurs propos ont fait naître en moi une juste colère, nourrie par de nouvelles lectures, dont plusieurs avaient une portée sociale, voire économique. À cause de ces lectures, j’ai pris conscience de l’emprise du patriarcat sur ma pensée et ma vision du monde.

Je soupçonnais bien qu’un carcan de traditions et de préjugés m’emprisonnait et que je portais des menottes jusque dans ma tête.
— Benoîte Groult

J’ai pensé que mes neurones allaient disjoncter quand je me suis mise à lire les travaux de chercheuses et penseuses comme Genevieve Vaughan et Heide Goettner-Abendroth sur les sociétés matriarcales, parce que les réalités qu’elles décrivaient étaient complètement étrangères à la mienne. Quand Lennon chantait « Imagine all the people sharing all the world », il poétisait, la tête dans les nuages. Ces femmes, elles, exposaient en termes concrets des réalités qui existent ou ont existé, un mode de vie fondé sur le don et l’entraide plutôt que la propriété privée, où le masculin ne l’emportait plus sur le féminin.

Voyant ses certitudes patriarcales menacées, mon esprit a cherché à tout nier à coups de « oui, mais… ». En vain.

Les menottes sont tombées. Je ne vois plus le monde comme avant et ne l’écris plus comme avant non plus. Comment cette liberté se traduit-elle au juste dans mes projets d’écriture en cours? Ce sera le sujet de mon prochain billet.

Image : détail d’une soirie japonaise, Gallica.

La parole comme flambeau

La même pensée revient me hanter une ou plusieurs fois par année. Sans doute assaille-t-elle périodiquement toutes celles et ceux qui écrivent : « Il y a déjà tant de livres, à quoi bon en écrire un de plus? »

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Histoires de langue et d’amour

Ces derniers jours, nombre de femmes ont dénoncé publiquement les agressions sexuelles qu’elles ont vécues aux mains d’hommes. Les violences masculines ne s’arrêtent toutefois pas là, et elles prennent bien d’autres formes.

Cette violence peut même s’étendre au domaine linguistique, comme le démontre Éliane Viennot dans un livre fascinant intitulé : Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin! Historienne de la langue, elle déchire le voile linguistique que les grammairiens et l’Académie française ont fait porter aux femmes en offrant quantité d’exemples de la masculinisation progressive du discours, masculinisation qui avait pour but de nier l’intelligence de notre genre et de le tenir hors des lieux de pouvoir. Du même coup, Mme Viennot montre qu’il existe déjà en français des solutions pour représenter équitablement les deux sexes — il ne reste qu’à les redécouvrir et à les mettre en pratique.

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Une autre parole

La parole bouillonne en moi : une parole caustique, instinctive, chaotique que je m’efforce de dégrossir et structurer sur le papier.

J’ai le temps. Au contraire d’autres écrivaines et artistes, je ne suis pas déchirée par le « conflit entre maternité et création » (1). Mes déchirements à moi sont ailleurs, ils sont d’une autre nature.

Le niveau de scolarité des femmes a surpassé celui des hommes au Canada, rapportait-on plus tôt ce moi-ci (2). Notre parole continue cependant d’avoir moins de poids que celle des hommes. Nous ne nous intéressons pas aux mêmes enjeux que nos concitoyens (3) (4). De surcroît, on tend encore à nous chosifier. L’extrait d’une entrevue de Dustin Hoffman qui circule ces jours-ci sur la toile en dit long : pour qu’on porte attention à une femme, elle doit être belle. Automatiquement remonte en moi la parole d’Annie Leclerc :

[…] le premier ingrédient qui compose notre poison est notre valeur, capacité aux plus grands sacrifices, haute vertu du dévouement, généreuse puissance de l’abnégation et du silence.
Et le deuxième ingrédient de notre poison, qui n’agit véritablement que soutenu par le premier est celui de notre beauté, non pas comme un fait incontestable, mais comme un ultimatum ancré en nous-mêmes. Si tu n’es ni jeune ni belle (les deux conditions sont exigées), tu n’es plus ou pas véritablement femme, c’est-à-dire pour l’homme. (5)

Évidemment, les obstacles sont encore plus grands pour les femmes marginalisées qui veulent créer ou prendre la parole.

Comment encourager et soutenir l’expression des femmes à travers les arts? Voilà la question à laquelle réfléchit un petit groupe de femmes, dont je fais partie. Nous avons une idée, que nous travaillons actuellement à mettre au point. Je vous en reparlerai d’ici l’automne.

Entre-temps, Un jour, ils entendront mes silences continue de faire son chemin. Il a été récemment choisi finaliste des Prix Handi-Livres dans la catégorie « roman ». Le Fonds Handicap & Société par Intégrance et la Bibliothèque nationale de France coorganisent ces prix, qui visent à faire connaître une parole plutôt marginale, justement, à mettre en lumière des livres qui traitent des handicaps.

1. Pascale Navarro. « Des femmes en art », Gazette des femmes, 19 juin 2012.

2. « Le niveau de scolarité des femmes surpasse celui des hommes », Radio-Canada, 26 juin 2013.

3. « The female perspective », National Post, 10 juillet 2013.

4. « Women, especially in Canada, are more ignorant of politics and current affairs than men, says UK research », National Post, 2 juillet 2013.

5. Annie Leclerc. Parole de femme, édition 25e anniversaire, Babel (Actes Sud), 2001, p. 52.

Arts et handicaps

Je savais qu’en publiant Un jour, ils entendront mes silences, je serais appelée à parler de ma propre expérience comme personne handicapée. De prime abord, beaucoup cherchent d’ailleurs dans ce livre un reflet de mon vécu, un témoignage.

Art Edwards, dans le magazine The Writer de juillet 2012 considère l’engouement du public pour les récits autobiographiques (les mémoires) et compare leurs caractéristiques à celles du roman (1). Il souligne le voyeurisme inhérent à la lecture de tels récits, qu’il apparente à des « fenêtres sur le monde ». Les lire, c’est porter son regard vers l’extérieur. Tandis qu’un roman réaliste est une fenêtre sur nous-mêmes. Sa lecture demande un effort émotionnel; puisque le roman nous amène, en somme, à nous imaginer dans la peau d’un autre, à voir par ses yeux.

De fait, Un jour, ils entendront mes silences plonge la lectrice et le lecteur dans le monde de Corinne, dans son univers intérieur. Toute ma sensibilité de femme handicapée m’a servi à tisser cet univers, qui n’est toutefois pas le mien. Mon vécu de femme handicapée colore ce livre, et colore assurément tout ce que j’écris, même quand je ne parle pas de handicaps.

La pratique des artistes handicapés ne porte pas uniquement sur l’expérience du handicap. Mais je dirais qu’elle est née de l’expérience du handicap, et que pour être pleinement appréciée, elle doit être vue et entendue avec toutes ses résonances historiques et biographiques (2).

Je vois toujours le monde depuis mon siège sur roues; dans une foule, j’ai le nez dans vos derrières. Rien ne peut changer ça, et cette expérience me donne sur le monde un point de vue bien particulier — autant que la négritude de Senghor a façonné sa vision du monde et son œuvre littéraire.

C’est aujourd’hui la Journée internationale des personnes handicapées. Selon l’Organisation des Nations Unies, les personnes handicapées sont la plus grande minorité du monde (3) — une minorité qui peine encore à se faire entendre.

Une de mes lectures du moment a pour titre Parole de femme. Il s’agit d’un essai percutant sur la parole féminine; une parole infériorisée par la culture patriarcale dominante, celle-là même qui nous a donné ce qu’en France et aux Nations Unies on appelle encore les « droits de l’Homme » plutôt que « droits humains » en 2012 (4). Toute parole qui vient de l’autre — qui ne vient pas de cette culture dominante — ne tend-elle pas d’ailleurs à être marginalisée ou infériorisée (du moins, dans un premier temps)?

Cette parole, il faut pourtant la prendre, la porter le plus haut et le plus loin possible parce que, même si le monde est lent à changer, il change tout de même.

On pourrait, somme toute, comparer le monolithisme de la culture dominante au plein-chant. Aujourd’hui, nous expérimentons de plus en plus avec la polyphonie, style ô combien plus exigeant, au sein duquel la multitude et la variété des voix font toute la beauté de la musique. Entende qui a des oreilles!

(1) Art Edwards, « From real life to the page », The Writer, vol 125, no 7.
(2) Catherine Frazee, citée dans Regard sur la pratique des artistes handicapés et sourds du Canada, Ottawa, Conseil des arts du Canada, décembre 2010.
(3) Organisation des Nations Unies, Questions thématiques – Personnes handicapées.
(4) Annie Leclerc, Parole de femme, Grasset, 1974.

Excès de compassion

J’essayais depuis quelques jours de trouver la motivation d’écrire. C’est finalement l’indignation qui m’a ramenée au clavier.

Voyez-vous, je viens de découvrir une autre horreur commise au nom de la compassion. En effet, aux États-Unis, on invoque aussi la compassion pour interrompre la croissance d’enfants handicapés, allant jusqu’à l’ablation de l’utérus et des seins naissants chez les filles. Le cas le plus médiatisé est celui d’Ashley*.

Les instances internationales décrient les mutilations génitales en des termes on ne peut plus sévères. L’UNICEF soutient qu’elles « renforcent les inégalités subies par les filles et les femmes et constituent une violation des droits universellement reconnus de la personne humaine, notamment du droit à l’intégrité corporelle […] ». L’arrêt de croissance, tel qu’on commence à le pratiquer chez les filles handicapées, est une mutilation encore plus grave.

Ashley n’est plus une enfant, mais elle n’est pas davantage une femme et ne le sera jamais. On l’a repoussée aux confins de la marginalité; en somme, elle n’est maintenant définissable qu’en fonction de son handicap ou de sa mutilation. Les médecins français parlent d’une enfant bonsaï.

Jusqu’où ira notre obsession du contrôle? La capacité d’agir ne doit pas toujours se traduire en action; parfois la sagesse réside dans l’inaction.

* Voir l’article paru dans The Guardian le 15 mars 2012 (en anglais, assorti d’une entrevue avec le père d’Ashley) ou celui publié sur Psychomédia le 5 janvier 2007.

L’ancien et le nouveau

Au hasard de mes butinages internautiques, je suis tombée sur cet entrefilet : « Les prix littéraires, palme d’or du sexisme ». C’est Babelio, un réseau social pour bibliophiles, qui fait le constat. Les prix québécois et canadiens sont exclus de son analyse. Sommes-nous moins sexistes?

Cette année, six des quatorze prix littéraires décernés par le gouverneur général ont honoré des femmes. Le Prix des lecteurs de Radio-Canada, devenu un prix national en 2007, compte plus de lauréates que de lauréats. Le Giller, plus haute reconnaissance littéraire décernée aux œuvres de langue anglaise au Canada, et le Prix Athanase-David, décerné par le gouvernement du Québec, ont été décernés à plus d’hommes que de femmes; toutefois, ils montrent une forte tendance à la parité, surtout depuis le tournant du millénaire.

Cinq livres pour une île déserte

Les utilisatrices et utilisateurs de Babelio sont invités à indiquer dans leur profil quels sont les cinq livres qu’ils voudraient emporter avec eux sur une île déserte. Or, à bien y songer, pourquoi s’obligerait-on à faire aujourd’hui un choix aussi déchirant? Il suffit d’une liseuse et d’un chargeur solaire pour pouvoir emporter avec soi un millier de livres sans surcharger son baluchon.

Je prépare en ce moment ma chronique printanière pour À bon verre, bonne table. Un des titres que j’ai retenus est disponible en version numérique (format ePub), et j’ai demandé à le recevoir sous cette forme plutôt que sur le traditionnel papier. Une première, selon l’attachée de presse. Une première pour moi aussi à vrai dire! Puisque la liseuse Kobo permet de surligner et, depuis peu, d’annoter*, la préparation de ma chronique devrait s’en trouver simplifiée.

Querelle d’anciens et de modernes

Je possède un téléviseur et je suis abonnée au câble. Pour certaines personnes que je fréquente, cela tient du sacrilège. Mais après une journée de révision (mon métier alimentaire), mes neurones surchauffés apprécient une petite récréation télévisuelle.

Samedi matin, j’ai reçu la visite d’un technicien de la compagnie de câble, dépêché chez moi pour diagnostiquer un problème de son sporadique sur certaines chaînes. Le jeune homme est diplômé de littérature anglaise. Je lui ai parlé bouquins et lui ai demandé s’il lisait sur papier ou préférait les livrels. Il a répondu que le numérique était une création abjecte.

Il m’a servi des arguments ressemblant étrangement à ceux de Frédéric Beigbeder, qui qualifie d’apocalypse l’avènement du livre numérique. Une belle querelle d’anciens et de modernes, dans laquelle les modernes ne sont pas toujours ceux qu’on imagine! Comme François Bon, je pense que le changement est irréversible, et j’ai choisi d’y participer plutôt que de le subir. Les autrices et auteurs qui refusent catégoriquement la technologie se coupent d’un lectorat potentiel. Comme le dit M. Bon :

[…] pour les étudiants [et les étudiantes] d’aujourd’hui, le rapport à la langue, mais aussi l’écart, la beauté, le silence, passent forcément par l’ordinateur. Pour les sortir de Facebook, pour les amener à réfléchir, il faut aller là où ils sont.

La FNAC (Fédération nationale d’achats des cadres, une chaîne de magasins française spécialisée dans la distribution de produits culturels) a, de toute évidence, saisi l’enjeu. Elle s’apprête à lancer sa liseuse Kobo et promet un catalogue de 200 000 titres en français. Voilà une excellente nouvelle pour le lectorat numérique francophone.

* Une petite précision s’impose : les fonctions de surlignement et d’annotation ne sont pas disponibles dans tous les fichiers ePub. En fait, jusqu’ici, seuls les livres que j’ai acquis dans la boutique Kobo m’ont permis de surligner ou d’annoter.

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