Après

Je déteste les lits, l’horizontalité. Il faut de bonnes fesses pour écrire, aime dire Dany Laferrière. Proust écrivait au lit (ce qui explique peut-être pourquoi sa prose m’endort); moi, je n’y arrive pas.

Pendant que le monde combat COVID-19, je repose mes fesses. C’est ma version personnelle du confinement, une convalescence en dents de scie, saupoudrée d’anicroches bureaucratiques. J’expérimente à contrecœur un autre rapport au temps, je me perds dans ses longueurs, rongée par un ennui infertile que même Netflix ne parvient pas à gommer. La semaine, désormais, se divise en changements de pansements. Les tulipes ne font plus le printemps : il viendra quand je pourrai caresser une peau toute neuve et cesser de rationner mon activité assise.

J’ai lu qu’au Japon, on a rasé des milliers de tulipes pour empêcher que leurs jolies coroles ne provoquent des rassemblements. Les tulipes d’Ottawa, elles, ont été épargnées.

On spécule beaucoup sur l’après. J’ai moi-même été invitée à écrire* sur le sujet, mais j’ai refusé l’invitation. Car la virulence de mon quotidien ces derniers mois a privé mon imagination des nutriments essentiels à son déploiement. Mes forces étaient dirigées vers l’intérieur.  

L’après, j’espère qu’il sera mieux — pour moi, pour vous, pour le monde. Après tout, la peste a entraîné la disparition du servage dans l’Europe moyenâgeuse.

En attendant, je vais continuer d’essayer d’écrire à l’horizontale.  

* Projet de création en résidence organisé par les éditions Prise de parole et intitulé Imaginer l’après. On peut découvrir le résultat ici.

Image : Susanne Jutzeler, Pixabay

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