La persévérance

Citation de Robert Half : «La persévérance rend l'impossible possible; le possible probable et le probable, certain.»

Finir.

Aller jusqu’au bout.

Persévérer dans l’effort bien qu’ignorant comment on l’accueillera au bout du compte, ce nouveau livre, s’il trouvera un public.

Continuer sachant que le lectorat d’ici tend à préférer les romans qui viennent d’ailleurs (de l’anglophonie en particulier).

Confronter le silence dans un long tête à tête avec le manuscrit.

Polir une à une les phrases comme des joyaux ou les déchiqueter sans merci.

D’autres autrices me disent aimer cette étape du travail : la réécriture. Elle est mon chemin de croix. J’en sais la nécessité, bien sûr, mais c’est pendant la réécriture que je m’essouffle et que je dois lutter contre l’envie d’abandonner. Le fil d’arrivée, pourtant si proche, ne me semble jamais plus loin qu’en pleine révision.

J’ai une collection de citations que j’ai retranscrites sur des cartes. Ce matin, justement, la citation que j’ai pigée parlait de… persévérance.

Être et lire

Il semble que la majorité des gens ne terminent pas les livres commencés. http://www.slate.fr/story/115421/finir-livres

Quand aux livres numériques, leur lectorat n’est pas du tout celui qu’on avait prévu : ce ne sont pas les jeunes, mais les 50 ans et plus qui les adoptent. http://publishingperspectives.com/2016/03/michael-tamblyn-kobo-age-ereading-ebook-sales/#.VuiIwvnhBhE

La lecture est-elle un mode de vie? Je crois qu’écrire, c’est une façon d’être, d’habiter le monde. Mais en dirais-je autant de la lecture? Je trouve la question intriguante.

Faire le poids

Je le faisais auparavant tous les jours, des dizaines de fois par jour : soulever un dictionnaire et l’ouvrir. C’est devenu un geste exceptionnel. Les dictionnaires que je fréquente sont aujourd’hui, sauf rares exceptions, immatériels. C’est d’abord en curieuse et très dubitative que j’ai pris le virage numérique. Je me croyais attachée à la permanence de l’imprimé; à la délicatesse, au son du papier missel quand on tourne les pages. Je me suis laissée séduire par les nouveaux modes de recherche, qui démultiplient les possibilités.

Tantôt, j’ai sorti le bon vieux Petit Robert et mon Multi chéri de la bibliothèque : j’avais besoin de poids pour maintenir à plat un collage en train de sécher.

Au moins, ils servent encore!

Suggestions de lecture pour la Journée internationale des personnes handicapées

C’est aujourd’hui la Journée internationale des personnes handicapées et, pour l’occasion, je vous présente une petite chronique livres sur le thème des handicaps.

Petit Cube_couverturePetit Cube chez les Tout Ronds
de Christian Merveille

J’ai offert à tous les enfants dans mon entourage ce livre adorable sur les différences qui permet aux tout-petits de comprendre par analogie que les handicaps peuvent être une richesse. On peut aussi en entendre un très bel enregistrement sur le site Web de RTBF.

Coquille de silenceUne coquille de silence
de Frances Itani (traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter)

Je garde un souvenir indélébile de ce roman canadien, pourtant lu il y a plusieurs années. C’est l’histoire de Grania, devenue sourde à cinq ans, et de son coup de foudre pour Jim. Dans leur recoin de l’Ontario, ils s’inventent un langage. Et puis la guerre éclate…

Les fillesLes filles
de Lori Lansens (traduit de l’anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné)

Une amie écrivaine m’a offert cet autre roman canadien parce qu’elle lui trouvait une certaine parenté avec le mien. La première phrase vous agrippe avec une force fulgurante et vous projette immédiatement dans la réalité de Rose et Ruby, des sœurs siamoises. C’est tantôt drôle, tantôt émouvant. Et ça se passe aussi en Ontario.

Pour d’autres suggestions, je vous suggère de consulter le site du Prix Handi-Livres, qui  a été créé pour mettre en lumière des ouvrages de langue française traitant de handicaps ou par des autrices et auteurs en situation de handicap.

Bonne lecture!

L’enfance par elle-même

Correspondances d'EastmanQuelle agréable surprise de trouver un exemplaire de Bondrée dans ma boîte aux lettres! J’avais justement réservé un exemplaire numérique à la bibliothèque, car je voulais me préparer pour mon café littéraire avec Andrée A. Michaud aux Correspondances d’Eastman : « L’enfance par elle-même ». Je n’avais encore rien lu de cette écrivaine québécoise, qui compte pourtant déjà neuf romans et deux Prix du Gouverneur général à son actif.

Les premiers mots nous agrippent. C’est le genre d’amorce que toute autrice souhaite écrire :

Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues […]

Hier, plonger dans ces ombres m’a fait oublier quelques instants celles qui planent sur ma vie ces jours-ci.

Image : détail d’une photo de Mathieu Gosselin publié sur le site des Correspondances d’Eastman.

Quatre prix, joues rougies

À quel moment ça devient gênant?

Mon roman, Un jour, ils entendront mes silences, a été couronné de deux autres prix la semaine dernière : le Prix Le Droit et le Prix Émergence AAOF, remis au Salon du livre de l’Outaouais.

Mais pourquoi est-ce que ça devrait être gênant?

J’avais les joues en feu et la voix tremblante quand je me suis avancée pour recevoir mon quatrième prix. Toute cette attention a fini par faire remonter en moi le souvenir des fréquentes admonestations qu’on m’a servies quand j’étais enfant, parce que j’affichais un peu trop de fierté. On me disait orgueilleuse — grand péché pour une petite catholique. On voulait me remettre à ma place, et la place de mon sexe n’était pas au premier rang (à plus forte raison considérant mes défectuosités). Les choses ont changé quelque peu, heureusement (on compte même plusieurs premières ministres dans ce beau pays); mais, il y a des moments où je dois encore lutter contre les voix du passé.

Je suis fière du chemin que j’ai parcouru et remplie de gratitude pour toutes les marques de reconnaissance qui m’ont été offertes au cours des derniers mois. Je reproduis ici les notes de l’allocution que j’ai prononcée dimanche et j’en profite pour y ajouter un merci tout spécial à mes lectrices et lecteurs.

Mon quatrième prix depuis l’automne… Si vous le permettez, cette fois je vais prendre le temps de vous parler un peu plus longuement.

Il y a tellement de gens que je tiens pressés ici [contre mon cœur], tellement de gens à remercier pour le rôle qu’ils et elles ont — volontairement ou non — joué dans mon cheminement.

On m’a demandé à quelques reprises quand était née ma vocation, à quel moment je suis devenue une écrivaine. Je n’ai jamais su très bien répondre. J’ai commencé très jeune à tenir un journal. Il y a eu une certaine amie de la famille qui m’a déclaré un soir « tu devrais écrire ton histoire » — je n’avais pas vingt ans, alors je me suis dit que ça ferait une histoire bien courte. Mais à bien y penser, j’étais déjà une écrivaine, quoique je n’en avais pas conscience. 

Écrire c’est bien plus qu’aligner des mots sur le papier ou sur l’écran; écrire c’est une façon d’être dans le monde, de le regarder.

Une de mes premières et plus marquantes leçons dans cet art d’être et regarder, je l’ai reçu d’une petite fille qui, comme mon personnage Corinne, n’avait pas la capacité d’articuler des phrases. Et comme Corinne, elle utilisait un tableau de communication et les mouvements de son corps pour s’exprimer. Nous passions une partie de l’été au même camp de vacances. J’ai oublié son nom, mais appelons-la Élise si vous voulez. Mes amies et moi, nous ne prenions jamais le temps d’inclure Élise dans nos conversations ou nos jeux. Un jour, Élise a réussi à me dire que cela lui faisait mal d’être constamment exclue. Elle m’a appris à regarder, c’est-à-dire qu’elle m’a forcée à voir pendant quelques secondes le monde à travers ses yeux; et dans son monde, moi, Marie-Josée, je faisais exactement ce que je reprochais sans cesse aux « bipèdes » : je la tenais à l’écart parce que sa différence me dérangeait un peu trop.

Hier soir, en réfléchissant à ce prix, au chemin parcouru depuis que j’ai commencé à écrire, je me suis dit que c’était peut-être dans cet instant-là que, sans que je m’en rende compte, a été plantée la petite semence qui, au fil des ans, s’est transformée en un livre et a fait éclore ma carrière littéraire.

Un jour, ils entendront mes silences est le deuxième roman que je publie, et c’est par lui que je suis pleinement entrée dans la communauté littéraire franco-ontarienne.

Dans une société de plus en plus obsédée par l’écran, pourquoi se soucier de la relève littéraire? Andrée Poulin parlait jeudi soir du lien entre l’apprentissage de la lecture et l’exercice de la citoyenneté. Beaucoup d’études récentes démontrent aussi l’influence de la lecture sur la capacité d’empathie et même la résolution de problèmes.  Il faut se rêver avant de pouvoir se construire — et pour nous, qui appartenons à une communauté linguistique minoritaire, il est important de pouvoir nous rêver dans notre langue. Parce que le français ne pose pas sur le monde le même regard que l’anglais; chaque langue aborde le monde sous un angle différent et nous permet donc d’en saisir quelque chose de différent.

Il faut se rêver, donc, se rêver dans notre langue avant de pouvoir nous construire individuellement et collectivement. La réalité commence dans le rêve et l’imagination — et les livres nous aident à nourrir notre imagination.

L’Ontario français a des voix fortes. Françoise Lepage était une de celles-là. On pourrait en nommer beaucoup d’autres. Pour remplacer les voix qui s’éteignent et s’assurer de continuer à bien nourrir notre imagination, notre culture, il est important d’encourager et soutenir la relève. L’AAOF l’a bien compris.

Alors, merci l’AAOF. Merci la Fondation franco-ontarienne et le Fonds Françoise-et-Yvan-Lepage.

S’il y en parmi vous qui caressent le rêve d’écrire, je vous encourage à vous lancer. L’écriture est exigeante, certes, elle demande du temps, de l’entêtement même, mais elle est aussi une source de bonheur.

Comme l’a dit Érik Orsenna : « Le bonheur de l’écrivain, c’est le mot juste, l’adéquation miraculeuse entre la pensée encore vague et l’expression qui la fait venir au jour. Il s’agit d’une vraie naissance, avec la part de surprise, d’émerveillement et de découverte qu’implique toute naissance. Ce bonheur-là est intime et fort […] »

Écrire c’est [20]

L’art de l’écrivaine consiste en quelque sorte à « s’enlever du chemin »…

Ton manque de volonté, tes idées étriquées, mets-les de côté et permets à quelque chose de plus grand que toi de s’exprimer.

Natalie Goldberg (traduction)

Un joyeux bruit

Une fois brisé le mur du silence, on ne peut pas retourner derrière.

À l’occasion, il m’arrive de repenser à ma dernière conversation avec une vieille amie, quelque part dans café au centre-ville de Montréal. Elle voyait d’un œil très sceptique mes aspirations littéraires. Talent ou pas, j’allais forcément « frapper un mur », croyait-elle, parce que je n’avais pas les bonnes relations, pas le bon pédigri, etc.

Dans ma famille on est un peu tête de cochon (d’accord — beaucoup, vous diront celles et ceux qui ont partagé leur vie avec quelqu’un de la descendance d’Édouard Martin). Mais est-ce l’entêtement ou la naïveté qui m’ont fait persévérer? La route a été longue.

Le mois dernier, j’ai reçu le Prix du livre d’Ottawa pour Un jour, ils entendront mes silences. Après, je m’attendais à me fondre à nouveau dans le silence, à retourner à mon clavier avec pour seule compagnie mes deux vieilles chattes. À la place, j’ai reçu un coup de fil de mon éditeur m’annonçant que j’avais été choisie comme personnalité de la semaine Radio-Canada/Le Droit. Une nouvelle ronde d’entrevues m’attend.

Au milieu de ce joyeux bruit, je voudrais quand même attirer l’attention sur une initiative qui me tient à cœur, puisque j’ai participé à sa concrétisation : les bourses Tontine. Ces bourses « un tantinet rebelles » visent à donner un coup de pouce à la créativité des femmes d’Ottawa et de Gatineau. J’ai participé parce que, justement, je sais combien elle peut être longue, la route, pour une artiste; longue, et semée de doutes. Recevoir une bourse ou un prix, c’est une tape dans le dos, un encouragement à persévérer.

L’écrivaine et ses lectrices

On parle souvent de la difficulté de conjuguer l’écriture avec un métier alimentaire. Le cumul de fonctions peut cependant avoir ses bons côtés. L’un d’eux, c’est que vos consœurs et confrères de travail peuvent devenir des fans dévoués.

Ce cadre magnifique m’a justement été offert la semaine dernière par mes confrères et consœurs à l’occasion d’une petite fête visant à souligner mon succès littéraire.

Cadre signéJ’ai de la chance de faire partie d’une telle équipe! Les signatures sur le passe-partout me rappelleront de tenir bon quand frappera le doute (ce qui se produira assurément à un moment ou à un autre durant l’écriture du nouveau roman).

Samedi matin, quand j’ai allumé l’ordinateur et vérifié mes courriels, j’ai eu le bonheur de trouver une réponse à mon « clin d’œil » de la Grande bibliothèque. Ça m’a donné le goût de récidiver!

Écrire, bien sûr, est une activité solitaire. Néanmoins, de temps en temps, il fait bon pour l’écrivaine de sortir de sa solitude…

D’ailleurs, une des grandes joies qui m’a été donnée comme finaliste du Prix des lecteurs Radio-Canada 2013, c’est de pouvoir échanger avec des gens passionnés de lecture. J’aimerais donc emprunter ici les mots de Dany Laferrière pour saluer tous ces téméraires qui, livre après livre, « accepte[nt] de plonger dans un univers inédit qui risque de changer [leur] vision du monde. »*

* Tiré du magnifique article « Éloge du lecteur », paru dans Le Devoir le 17 novembre 2010.

Petite délinquance de romancière

Hier, j’ai visité la Grande bibliothèque de Montréal. J’ai trouvé mon livre dans les rayons des nouveautés. Mon livre revêtu d’une belle couverture rigide de bibliothèque. Il avait été lu. Le papier portait par endroit des marques de pliure. Entre les pages, quelqu’un avait oublié un bout de papier sur lequel était griffonné un numéro. J’ai glissé à mon tour une note entre les pages : un clin d’œil à la prochaine personne qui empruntera cet exemplaire de mon roman.

Je me suis sentie vaguement délinquante.

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