La « causite »

Il n’y a plus assez de mois pour les causes qu’on cherche à nous faire endosser.

Mai est le Mois de l’arbre et des forêts; il est aussi le mois de la santé visuelle et le mois de sensibilisation à la sclérose en plaques, entre autres. Je n’ai pas trouvé de liste définitive, mais il semble y avoir, pour chaque mois du calendrier, au moins une douzaine de causes s’en réclamant.

Il y a de quoi développer une « causite » aigüe.

Bien sûr, ces causes sont toutes méritoires, mais la multiplication des campagnes de sensibilisation n’a-t-elle pas l’effet opposé de celui qu’on vise? N’entraîne-t-elle pas une désensibilisation du public?

Dans les médias sociaux, sur la place publique, dans nos lieux de travail et ailleurs, partout, on joue le même jeu : c’est à qui criera le plus fort ou fera le plus pitié. On essaie de tirer nos cordes sensibles, bien sûr, de nous avoir par les sentiments puisque les faits, eux, ne suffisent pas à nous faire changer d’avis*.

« Chacun veut sa lettre », me disait récemment une amie à propos du sigle expansif de la diversité sexuelle qui, de LGBT, est devenu LGBTQ, LGBTQ+, puis LGBTQIA+.

Le morcellement de notre attention s’accompagne d’un morcellement de la société (tendance que favorisent les médias sociaux parce qu’ils nous enferment dans des catégories). Chacune réclame sa place au soleil. Sauf qu’à tirer chacun et chacune la couverture de notre bord, nous annulons nos efforts et rien ne bouge — pis encore :  ceux qui arrivent à progresser, ce sont les extrémistes comme ceux qu’on trouve dans la « manosphère** ».

Bien sûr, pour se libérer de l’autoritarisme (religieux, politique ou autre), il fallait commencer par reconnaître et valoriser les différences. Maintenant, il nous faut apprendre à harmoniser ces différences, passer de l’individualisme à la solidarité; il nous faut apprendre la paix, telle que définie dans la Déclaration de paix des Haudenosaunee :

[…] la paix n’est pas seulement une absence de guerre. C’est un effort constant pour maintenir des relations harmonieuses entre tous les peuples, entre un individu et un autre, et entre les êtres humains et les autres créatures qui vivent sur cette planète.

* Nic Ulmi, « Est-il possible de changer d’avis? », Le Devoir, 28 novembre 2016.
** Josée Blanchet, « La manosphère en calvaire », Le Devoir, 4 mai 2018.

Deux roses pour Manhattan

Aujourd’hui, 11 septembre 2011, les États-Unis commémorent l’attaque perpétrée il y a dix ans contre le World Trade Center et le Pentagone. Je me souviens exactement où j’étais quand j’ai appris la nouvelle. Je parie que vous aussi. On avait atteint l’empire en plein cœur. Bilan : près de 3 000 morts. C’est 3 000 morts de trop, et pourtant relativement peu quand on considère les morts causées par les États-Unis à l’étranger (me vient en tête la bombe lâchée sur Hiroshima, qui a tué d’un coup 75 000 personnes en 1945) et les victimes des récents emportements de la nature (plus de 200 000 quand la terre a tremblé en Haïti l’an dernier)*.

Après le 11 septembre 2001, les États-Unis ont investi massivement dans les bombes et les fusils. Le National Priorities Project a mis en ligne un compteur qui indique en temps réel le coût de la guerre déclarée ce jour-là. Je rêve du jour où l’on investira dans la paix et le développement humain avec autant de zèle.

En 2001, j’avais écrit ceci :

Des visages gris
sous un ciel sans soleil
dans l’île
docudrame retransmis en direct
avec ses veuves et ses héros
ses vilains
recherchés morts ou vifs
comme au temps du Far West
mais qui est le bon
le méchant

Bouche-moi ce trou
gelé le capital colère
n’importe où, sauf dans ma cour
la guerre

Du pain et des roses
scandait naguère une foule de femmes
du pain et des roses
chacune chez soi
la différence tue
les roses sont roses, même jaunes
sentez-moi donc ça

Mes vers ont par la suite rejoint ceux d’autres poètes ayant répondu à l’invitation de Georges Abou-Hsab et Todd Swift afin de dire « non à une boucherie qui se fait au nom du Bien ». Les paroles de ces Poètes contre la guerre restent encore d’actualité, puisque, vous le voyez, le compteur de la guerre continue à tourner…

* Les statistiques proviennent de Wikipedia.
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