Le mur du temps

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J’ai écrit le texte qui suit pour un concours. Comme il n’a pas été retenu, je vous l’offre, puis je vais me taire pour un temps, pour laisser parler le silence; parce que je me sens lasse et que la grâce se fait rare.

 


Le mur du temps

Une bande rouge qui court comme une cimaise le long d’un corridor blanc. Voilà tout ce que je me rappelle du décor. Pourtant, mon âme porte encore la marque de ce qui s’y est passé, le genre de fantaisies délayées sur des centaines de pages dans les hagiographies. Je dirais même qu’un morceau de moi continue d’exister dans cet instant-là. L’éternité n’est peut-être rien de plus. Après tout, Schrödinger a bien prétendu que son chat était à la fois mort et vivant.

J’ai dix-neuf ans, donc.

— Tabarnak!

Mes joues brûlent.

Je viens de sacrer ostensiblement pour la première fois; j’ai blasphémé devant ma mère, qui n’a pas bronché. Ce faisant, elle a confirmé mes soupçons : elle me voit comme une impie, et sans doute depuis longtemps, mais c’est le cadet de mes soucis.

J’ai dix-neuf ans. Je suis allongée sur une civière. J’ai fait un choix; il y a eu des complications. À cause de ces complications, je pourrais mourir, dit-on.

Et voilà que dans ce corridor fourmillant de personnel infirmier, l’interminable litanie des pourquoi s’arrête. Je suis. Sans avant ou après ni désir. Sans la menace d’un jugement maternel. J’existe. Je suis moi, entière et certaine que la vie pourvoit et pourvoiera comme elle a toujours pourvu. Suspendue entre deux instants, ma conscience investit chaque quark, chaque vide, chaque onde de ce point infinitésimal du temps.

Puis, un préposé s’avance et pousse ma civière jusqu’à la salle d’imagerie. Le temps reprend sa forme familière, investi d’une myriade de questions, dont la sempiternelle « Comment contenter maman? ».

* * *

Dans un bungalow montérégien, le temps s’est de nouveau arrêté. J’ai vingt-deux ans et je le crois constant, le temps; inflexible, même.

— Elle ne passera pas l’été.

Le corridor blanc et sa bande rouge, je les ai relégués aux oubliettes. Je suis une adulte rationnelle, moi. Je lis Kundera : L’insoutenable légèreté de l’être. Je sors les yeux secs des mélodrames joués au cinéma.

Dans la chambre de mes parents, ma sœur cadette tient la guitare et sa main droite égraine les arpèges d’une chanson de Cohen. Nous chantons :

tu voudrais partir avec elle
partir au bout du monde
pour un long voyage

Le décor si familier se donne des airs de photographie ancienne dans les miroirs aux reflets cuivrés qui dissimulent la penderie. Ceux-ci me renvoient l’image du mobilier en bois massif, du grand lit où maman repose soutenue par une montagne d’oreillers et de nous deux, assises au pied, en train de la sérénader.

Ma voix retrouve sereinement sa place dans notre duo. Je suis présente dans le souffle qui fait vibrer les replis de mon larynx et je suis en même temps cette conscience qui plane et observe à l’écart. Double. Yeux fermés, ma mère écoute. Elle a relâché les muscles de son visage. L’instant se prolonge en un doucereux point d’orgue. Ni douleur, ni questions, ni mort ne peuvent en percer la plénitude.

Elle va partir, nous le savons, mais plus rien n’existe que nos voix et celle de la guitare étreignant son corps fatigué.

* * *

J’ai renié la foi de ma mère, mais, pour lui, Luc*, j’ai accepté de convoler devant un curé.

Il a fière allure dans son veston de soie bleu. Moi, coiffée d’une couronne de fleurs assorties, j’affiche la noble assurance d’une reine. Qui de nos jours se marie au bout de cinq mois sans d’abord vivre sous le même toit?

J’ai trente-huit ans.

— Tu as lu l’effarement dans ses prunelles?

Je sais que ma décision a tout l’air d’un acte de folie. Je sais que je prends le plus grand risque de ma vie, mais le galet ne craint pas l’eau.

J’avance seule vers lui entre les bancs de bois clair où s’alignent nos parents, amies et connaissances. Deux ans plus tard, c’est seule que je continuerai ma route; une partie de moi, sans doute, le pressent déjà. En cet instant, toutefois, l’assemblée nous couve de son regard aimant. La voix de ma sœur enchante le chœur et la nef, tandis que la bouquetière virevolte dans l’allée centrale.

l’amour, c’est fait de riens
de petits riens quotidiens […]
de passion, de raison, de roses, de chardons

Passion et raison soudain se confondent sous les poutres blanches de la voûte nue. Je n’ai plus conscience du déroulement de la célébration. Le réel est transfiguré. Devant mes yeux, il y a toujours l’intérieur de l’église à moitié pleine, mais plus un son ne parvient à mes oreilles, sinon les battements de mon cœur. Je suis avec Luc dans le monde, sans en être; à l’abri de ses turbulences dans une sphère de sérénité. Ainsi protégée, je regarde le panorama avec le même détachement qu’inspirent au sage en méditation les carpes multicolores ondulant au ralenti dans leur étang.

Ma bathysphère émerge juste à temps pour l’échange des alliances. J’éprouve alors la curieuse impression d’avoir reçu la bénédiction des anges. Dans mon cœur béant, ils ont déposé ce rappel : quoi qu’il advienne, la vie pourvoit et pourvoiera.

* * *

Entre les vieilles montagnes rondes, l’autoroute se faufile. Au sortir d’une courbe, apparaît une vallée brumeuse qu’un rayon de soleil, après des jours d’absence, vient enfin mignoter. J’accueille en silence la beauté offerte à mes yeux, emplie de gratitude bien que surnageant à peine dans le flot de tristesse de cet été, mon quarante-sixième sur terre.

À côté de moi, ma sœur tient le volant. Nous n’avons pas échangé une parole depuis notre départ de l’hôpital, où nous avons veillé toute la nuit, suspendues à la respiration de notre père. Les mots sont superflus.

Nous avons vécu ces derniers jours en symbiose presque. Instantanément, nous avons retrouvé le synchronisme de notre jeunesse, celui qui nous a fait inventer la danse intégrée bien avant que Candoco et Corpuscule Danse n’en énoncent les principes. Le fauteuil et ses quatre roues, en somme, c’était notre jupette et nos rubans. Les heures que nous avons passées ensemble depuis cette lointaine époque doivent totaliser au plus un mois. Le temps, parfois, se compte aussi en kilomètres : plus de deux cent cinquante entre nous, parce que j’ai dû m’exiler pour travailler. Pourtant, ici et maintenant, il a fondu, le temps.

Des voitures nous dépassent. Pour le reste du monde, la course effrénée continue; mais, nous occupons une dimension parallèle, avec ses propres fuseaux horaires.

Tantôt cette course se rappellera à nous dans toute son absurdité à travers les textos et courriels auxquels nous nous obligerons à répondre avant d’aller dormir un peu. Néanmoins, je veux d’abord m’autoriser à goûter, ne serait-ce qu’une minute, sans regret ni question, l’inimitable bonheur de l’instant partagé.

Si j’avais moi aussi hérité du talent paternel pour la peinture, je transposerais sur le canevas la grâce fugace de ce moment où, sur une route de l’Estrie, j’ai senti une fois de plus mon cœur danser en duo avec celui de ma sœur.

* * *

Le temps n’est plus ce droit fil dévidé avec une constance mathématique. De plus en plus, il me joue des tours, le temps. J’ai tantôt dix-neuf, treize, vingt-deux, trente-huit ou quatre-vingts ans. Devant mon clavier, il arrive parfois que vingt minutes se terminent trois heures plus tard. Alors, dans cette durée, ma petite voix intérieure cesse de cracher sa litanie de commentaires acerbes. Tous les doutes se liquéfient. Le vide se dévoile miraculeusement, vertigineusement plein.

J’ai longtemps pensé que seule la mort — la présence réelle ou potentielle de la mort — avait le pouvoir de me propulser de l’autre côté du mur du temps, où les secondes ressemblent à des éons. Alors, comment expliquer ce qui se produit quand j’écris, ce que les mystiques appelleraient la grâce? Comme l’équation de Schrödinger, cela dépasse mon entendement et quand je tente d’y arriver, j’ai l’impression que ma boîte crânienne veut exploser.

À bien y songer, peut-être la mort est-elle aussi présente dans ces moments-là. Même si la mécanique en cause m’échappe, la survie de mon âme dépend peut-être du pouvoir de l’écriture à enchanter mon quotidien, à transmuer les désamours en épopées et à ériger des utopies à partir de bouts de rêves bilieux.

* Nom fictif.

Hérésies fécondes

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C’est une chose de refuser les menottes vaugelassiennes1, d’insister pour nommer les femmes par leurs noms partout où elles sont — citoyennes, premières ministres, mairesses, camionneuses, charpentières, etc. C’en est une autre d’arriver à développer une pensée qui n’utilise pas le mâle et la masculinité comme points de référence explicite ou implicite.

À quoi ressemble une telle pensée? À quoi ressemble une pensée matriarcale? Elle s’enracine dans la fécondité et la coopération, plutôt que la concurrence et l’amassement2. Son modèle est celui de la nature, infiniment généreuse (en effet, on sait maintenant que même les arbres échangent entre eux des nutriments).

Le passage de la concurrence à la coopération nécessite un changement de vocabulaire3. Ainsi, j’ai constaté en rédigeant mon nouveau roman que les mots que je cherchais n’existaient pas toujours en français ou que j’allais devoir redéfinir certains mots courants, comme « homme ».

Croyez-vous, dit l’Euguélionne, que ce soit par manque d’imagination s’il n’y a, dans la plupart de vos langues modernes, qu’un seul terme pour désigner le mâle et l’espèce?4

Redéfinir des mots? En inventer? Hérésie.

Mon éducation m’a conditionnée à être esclave du dictionnaire, pas à l’ignorer!

Bien sûr, ce n’est pas d’hier que les autrices (et les auteurs, aussi, bien sûr) inventent des mots ou s’amusent à en trafiquer le sens. Il faut tout de même beaucoup de front pour s’en prendre à ce mot-là. Car, après tout, la Bible a placé l’homme au centre de tout.

Développer une pensée  qui n’utilise plus la masculinité comme point de référence, m’approprier le langage en inventant au besoin les mots qui manquent pour dire ce qui cherche à s’exprimer à travers moi, tout cela a fait partie de ma longue et titillante démarche pour trouver ma voix.

1. De Vaugelas, grammairien du XVIIe siècle, auteur des Remarques sur la langue française.

2. Heide Goettner-Abendroth, « Matriarchal Society and the Gift Paradigm — Motherliness as an ethical principle », Women and the Gift Economy, Inanna Publications, 2007, p. 100.

3. Dans Women and the Gift Economy, Genevieve Vaughan cite un certain nombre d’expressions pour illustrer comment la langue courante privilégie des images qui véhiculent la violence ou l’indifférence plutôt que de suggérer la fécondité et la protection (p. ex. « light hits the retina »). En français, les exemples qui me viennent incluent « coup de foudre », « tomber en amour », « donner un coup de main ».

4. Louky Bersianik (Lucille Durand), L’Euguélionne, 1976.

Image : détail d’une image de la collection Bouquets et frondaisons. 60 motifs en couleur, de A. E. Séguy, depuis les archives numériques de la bibliothèque publique de New York.
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Démenottée

soirie japonaise

Simone Veil est décédée le 30 juin. Elle a défendu le droit à l’avortement en France dans les années 70.

Une génération de féministes s’éteint, mais le combat se poursuit.

La langue a été ma voie d’accès au féminisme. C’est logique, vu que le langage est mon matériau premier comme autrice et traductrice. Le hasard (ou serait-ce la providence?) a voulu que je doive fréquemment traduire pour des institutions qui avaient pour politique de féminiser les textes.

La curiosité m’a poussée à vouloir comprendre la raison d’être de telles politiques. J’ai lu les linguistes, de Céline Labrosse à Éliane Viennot. Leurs propos ont fait naître en moi une juste colère, nourrie par de nouvelles lectures, dont plusieurs avaient une portée sociale, voire économique. À cause de ces lectures, j’ai pris conscience de l’emprise du patriarcat sur ma pensée et ma vision du monde.

Je soupçonnais bien qu’un carcan de traditions et de préjugés m’emprisonnait et que je portais des menottes jusque dans ma tête.
— Benoîte Groult

J’ai pensé que mes neurones allaient disjoncter quand je me suis mise à lire les travaux de chercheuses et penseuses comme Genevieve Vaughan et Heide Goettner-Abendroth sur les sociétés matriarcales, parce que les réalités qu’elles décrivaient étaient complètement étrangères à la mienne. Quand Lennon chantait « Imagine all the people sharing all the world », il poétisait, la tête dans les nuages. Ces femmes, elles, exposaient en termes concrets des réalités qui existent ou ont existé, un mode de vie fondé sur le don et l’entraide plutôt que la propriété privée, où le masculin ne l’emportait plus sur le féminin.

Voyant ses certitudes patriarcales menacées, mon esprit a cherché à tout nier à coups de « oui, mais… ». En vain.

Les menottes sont tombées. Je ne vois plus le monde comme avant et ne l’écris plus comme avant non plus. Comment cette liberté se traduit-elle au juste dans mes projets d’écriture en cours? Ce sera le sujet de mon prochain billet.

Image : détail d’une soirie japonaise, Gallica.
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Aimer les arts, soutenir les arts

Le mécénat est vital pour les arts. Depuis toujours.

La Fontaine et Molière ont pu écrire leurs chefs-d’œuvre notamment grâce au soutien financier d’un mécène qui avait pour nom Nicolas Fouquet. À l’ère des médias sociaux, le mécénat devient, lui aussi, social.

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La prose s’évente

Fleurs de mai_modifié« On aime les artistes torturées. Laissez-moi plutôt être une artiste illuminée », ai-je écris témérairement dans mon journal.

Les artistes torturées, rongées par la noirceur, elles sont nombreuses : Nelly Arcan, Sylvia Plath, Camille Claudel… Il me semble plus difficile de trouver des exemples de l’autre sorte, des artistes de la trempe de Maud Lewis, qui peignait pour la seule joie de peindre; ou de Kim Thúy, capable de lancer tout sourire en entrevue un aphorisme comme :

Si vous dites à l’autre qu’il est grand, il est obligé d’être grand.

Kim Thúy est une grande autrice, et elle fera l’an prochain son entrée dans le dictionnaire Robert.

De mon côté, j’irai m’éventer avec mes livres au parc Parkdale d’Ottawa le 10 juin. S’y tiendra la troisième édition de Prose des vents, un festival littéraire bilingue. En après-midi, je prendrai part, avec Liliane Gratton, Kalula Kalambay et Véronique Marie Kaye, à une table ronde intitulée : « L’Histoire dans le roman est-elle une mise en contexte sociale ou plutôt un catalyseur narratif? »

Réponse(s) à Prose des vents…

Entre-temps, voici un court passage de Ru où Kim Thúy donne à l’Histoire couleurs, parfum et grâce :

[…] tous ces personnages de mon passé ont secoué la crasse accumulée sur leur dos afin de déployer leurs ailes au plumage rouge et or, avant de s’élancer vivement vers le grand espace bleu, décorant ainsi le ciel de mes enfants, leur dévoilant qu’un horizon en cache toujours un autre et qu’il en est ainsi jusqu’à l’infini, jusqu’à l’indicible beauté du renouveau, jusqu’à l’impalpable ravissement. […] Je me suis avancée dans la trace de leurs pas comme dans un rêve éveillé où le parfum d’une pivoine éclose n’est plus une odeur, mais un épanouissement; où le rouge profond d’une feuille d’érable à l’automne n’est plus une couleur, mais une grâce; où un pays n’est plus un lieu, mais une berceuse.

Des fruits et des utopies

fruitsDans une ville qu’on surnomme la « Grosse pomme », un professeur amoureux de beauté et de nature a fait pousser un arbre digne du jardin d’Éden, qui arbore un feuillage multicolore et produit un assortiment de fruits délectables. Il a commencé par étudier le calendrier de floraison des arbres fruitiers du verger qu’il venait d’acquérir, puis il a pris une bouture d’arbre et a commencé à y greffer différentes variétés fruitières. Ainsi est né l’arbre aux quarante fruits.

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Les relents de mort du printemps

dragon
Dans les coins sombres, les dernières langues de neige grise ont disparu. Des relents de pourriture s’échappent ici et là du sol gorgé d’eau. Sous le tapis brun des feuilles de l’an dernier, des pousses vertes bataillent pour leur place au soleil; elles se nourrissent de cette matière en décomposition. Le temps est venu d’entreprendre mon ménage du printemps. Pas de chiffon, seau ou vadrouille. Juste mes doigts nus pour mater le chaos de papier dans mon bureau et supprimer les fichiers périmés dans le nuage ou l’ordinateur.

En faisant le ménage de mes courriels, je tombe sur une citation de Jean-Jacques Pelletier envoyée à une amie il y a quelques mois :

 Tous les gens sont des cimetières vivants. Ils sont le résultat de désirs de gens qui sont morts. Ils ont été encouragés et nourris par des gens qui, souvent, ont disparu. Ou qui vont disparaître. Ils ont été blessés et traumatisés par des gens qui ont disparu. Ils désirent encore des gens qui ont disparu… ou qui sont voués à disparaître. Eux-mêmes, souvent, sont en train de mourir à toutes sortes de choses, à toutes sortes de relations… ou sur le point de mourir tout court 1.

Je pense justement à mes morts ces jours-ci. Ceux qui reposent sous la terre au cimetière et les autres — dont une ou deux fausses croyances, et mon espoir d’arriver à lancer un nouveau roman dans un délai d’au plus cinq ans après la parution d’Un jour, ils entendront mes silences. Cinq ans, c’est le chiffre magique, dit-on. Le public se souvient encore de vous; et, bien sûr, vous voulez qu’il se souvienne de vous, le public : ainsi, à sa librairie favorite, en voyant votre nom sur une couverture dans le présentoir des nouveautés, la lectrice ou le lecteur étendra la main pour palper le livre, le renifler…

Parmi les fausses croyances que j’ai laissé aller, il y a celle voulant qu’une écrivaine digne de ce nom doive terrasser seule le dragon du doute. Il est immense le doute et de même ses crocs, capables de broyer bien des projets. Alors, si j’ai besoin de renfort, pourquoi n’en demanderais-je pas?

Ce renfort, je l’ai trouvé dans le courriel d’une amie, la même à qui j’avais envoyé la citation de Pelletier — une héroïne aux oreilles et au cœur grandissimes :

Heroes didn’t leap tall buildings or stop bullets with an outstretched hand; they didn’t wear boots and capes. They bled, and they bruised, and their superpowers were as simple as listening, or loving 2.

Tout vient à point selon le plan de Dieu — la Déesse, l’Univers, le Grand Manitou ou, comme je l’ai appelé dans ce roman que vous lirez peut-être un jour, Déité. Le dragon dort pour l’instant. Je vais en profiter pour écrire.

Notes
1. Jean-Jacques Pelletier, Le Bien des autres, tome 2, Éditions Alire, 2004.
2. Jodi Picoult, Second Glance: A Novel, Washington Square Press, 2003.
Traduction : « Les héros n’avaient pas la faculté de bondir par-dessus les édifices ou de faire écran aux balles des revolvers simplement en tendant la main; ils ne portaient ni bottes ni cape non plus. Les héros saignaient, ils avaient des ecchymoses et leur pouvoir, c’était tout simplement de savoir écouter ou aimer. »
Image : Illustrations de Calendrier et compost des bergiers. La grant danse macabre, gravure sur bois, anonyme, 1531 (des archives numériques de la Bibliothèque nationale de France).
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