Juste « merci »

Le Conseil des arts de l’Ontario m’a accordé une bourse pour un des projets sur ma table de travail. Le chèque est arrivé par la poste il y a quelques jours. De quoi payer mes frais de subsistance pendant que je vais créer.

Merci. Infiniment. Merci.

Logo du Conseil des arts de l'Ontario accompagné du texte : Conseil des arts de l'Ontario, un organisme du gouvernement de l'Ontario


Écrire c’est… [26]

Aujourd’hui, Antonine Maillet s’amuse à écrire parce qu’elle n’a plus « rien à prouver », affirme-t-elle dans sa plus récente entrevue au Devoir.

C’est pour qu’il reste quelque chose qu’on écrit, oui, pour qu’il reste ce qu’on n’a pas eu le temps de dire, ce qu’on n’a pas pu dire, ce qu’on n’a pas su dire, ce qu’on ne savait pas qu’on savait dire.

– Antonine Maillet

J’ai encore quelque chose à dire, mais je ne ressens plus la même urgence de publier. J’ai arrêté de me pressurer. J’ai vécu au travail assez de pression dans la dernière année et demie pour me guérir à tout jamais de ma productivite. J’aspire plus que tout à l’équilibre et à la joie. Je n’ai pas peur de l’effort, mais à mon rythme, avec en contrepartie une juste dose de repos.

Nous voilà au seuil d’une nouvelle année. Je vous la souhaite abondante!

Abondante en lectures substantielles pour aiguiser votre pensée et ravir votre cœur;

Abondante en relations humaines riches d’amour et de sens;

Abondante en nourritures de toutes sortes, celles de l’esprit comme celles du ventre;

Abondante en créativité, parce qu’il y a tant à inventer pour qu’advienne le monde de nos plus hauts rêves, où les océans sont vidés de plastique et les sociétés enfin égalitaires;

Abondante en paix, afin que l’énergie gaspillée à nous automutiler et entre-détruire puisse dorénavant servir à nous hisser vers de nouveaux sommets;

Abondante en « restes », le genre qui s’inscrivent sur le papier ou dans la mémoire, ceux qu’on vole au temps quand on s’attarde auprès d’une amie ou devant un coucher de soleil, sans oublier les restes de semaine, ces précieuses heures non programmées où l’on renoue avec soi-même au présent.

Bonne année 2019!

Un optimisme franco-ontarien

Ma décision de quitter Montréal pour Ottawa m’a amenée à jeter un regard très différent sur le fait français en Amérique, et sur mon identité francophone.

Ottawa m’a d’abord adressé la parole en anglais. J’ai fini par apprendre que je pouvais quand même répondre bonjour — en fait, j’ai appris qu’un simple bonjour pouvait être un acte politique. Au Québec, j’avais grandi parmi des francophones majoritaires, mais qui se définissaient par leurs défaites : les plaines d’Abraham, la rébellion des Patriotes, le référendum. En Ontario, j’ai grossi les rangs d’une francophonie minoritaire, mais se définissant plutôt par ses victoires : la bataille des épingles à chapeau, la Loi sur les services en français, Monfort (et bientôt, à n’en pas douter, l’Université de l’Ontario français).

Écrire à Ottawa

C’est à Ottawa que je suis vraiment devenue écrivaine. Mon premier roman, j’en ai écrit une bonne partie à la table de ma cuisine, dans un appartement de la rue O’Connor, à quelques rues du Parlement. Je l’ai toutefois publié chez un petit éditeur montréalais. La plupart des exemplaires sont restés invendus et ont fini au pilon quand l’éditeur a fermé boutique. J’en ai rescapé une brassée. Plus tard, peut-être ferai-je de ce livre une réécriture à la Laferrière.

Mon deuxième roman, Un jour, ils entendront mes silences, a connu un sort plus heureux. Est-ce que publier à Ottawa m’aurait porté chance? Les Éditions David m’ont annoncé ce mois-ci sa réimpression — belle surprise! Le tirage initial est épuisé. Je suis enchantée que le livre suscite encore un intérêt six ans après sa parution, et que David lui insuffle un nouveau souffle.

Virages et vertige

Ce mois-ci, paraît ma dernière chronique dans À bon verre, bonne table. En effet, après quinze ans, j’ai décidé de céder ma place à quelqu’un d’autre et d’ouvrir la porte à de nouvelles possibilités. J’ai pris la décision il y a plusieurs mois, mais elle se concrétise à peu près en même temps qu’une autre, majeure celle-là : mon départ de l’emploi que j’occupe depuis une décennie pour démarrer ma propre entreprise.

Moins de prévisibilité, plus de liberté!

Je vous avoue éprouver un certain vertige, mais je suis aussi emplie d’un optimisme tout franco-ontarien.

Décision

Il y a les décisions rationnelles. Le choix d’un nouvel ordinateur portable, par exemple. Je dresse la liste des caractéristiques cruciales pour moi : légèreté, confort de frappe, autonomie de la pile. À cela s’ajoutent les facteurs éthiques, notamment la réputation de l’entreprise en matière sociale et environnementale. Une fois appliqués ces facteurs et critères, mon choix devient clair. Pas de doute possible. Je règle la facture et déballe mon achat sans remords.

D’autres décisions relèvent plutôt du cœur. Mon départ de Montréal au début des années 1990, par exemple, et chacun des grands jalons de ma vie. Ce sont des décisions que j’ai prises malgré les listes, parce que la raison était impuissante à discerner pleinement leurs formidables ramifications. Elles ont toutes eu quelque chose d’impératif, un caractère d’évidence qui m’est apparu, selon le cas, avec la vivacité éblouissante d’un flash ou au bout d’une lente maturation sous la surface de ma conscience. Pas de doute là non plus, malgré une certaine nervosité en arrière-plan.

Mon cœur a pris une décision ce mois-ci.

En l’an 2019, j’aurai l’âge qu’avait ma mère à sa mort et j’entamerai, sans doute ni remords, une toute nouvelle vie.

Je vous en reparlerai bientôt. J’ai hâte.

Écrire c’est… [25]

Écrire c’est, beaucoup, récrire. Quand j’arrive à ménager du temps pour ma vie d’écrivaine ces jours-ci, je récris.

Envie de jeter un coup d’œil sur ma table de travail? Voici un petit extrait pour exciter votre appétit :

Elle a dormi. Dans cette niche à deux mètres du sol, garnie d’oreillers et de traversins, elle a dormi, malgré le bouleversement survenu dans son corps, malgré la chose en elle. Elle a dormi d’un sommeil agité de rêves troubles, qui ont déposé dans son cœur une indicible tristesse — la tristesse des trous, comme celui creusé par la mort de l’oncle Naldo, mais pire, bien pire… Elle ne veut pas y penser.

Tahlequah

Je trouve souvent le monde abrasif. Après une semaine au travail, j’accueille la solitude du samedi matin avec gratitude et soulagement. Je suis une introvertie avide de silence dans une ère de bruit et de fureur. Je suis marginale d’une myriade de façons : de par ma condition de femme handicapée et sans enfant, mon statut de francophone hors Québec dans une Amérique anglophone, mes trois décennies de végétarisme, ma foi, les panneaux solaires sur mon toit, le sac d’emplettes réutilisable que je trimballe dans mon sac à dos, mon aversion pour les humoristes, et j’en passe. Je me reconnais peu dans les médias, dans la culture, dans nos gouvernements. Je persiste pourtant dans mon désir de vouloir créer une œuvre pertinente, dont le rayonnement dépasserait largement la marge; cette œuvre, je la voudrais de surcroît porteuse d’espoir, parce ce monde abrasif, il m’émeut encore.

Je suis émue, par exemple, devant notre faculté d’empathie, capable d’embrasser la douleur d’une mère épaulard. En effet, le deuil de Tahlequah (J35) a eu des échos un peu partout sur la planète. Pendant dix-sept jours, la brave maman a porté le cadavre de son petit orque.

orca by lori christopher

L’illustration est une création de l’artiste Lori Christopher intitulée See Me (Vois-moi), utilisée ici avec sa permission. Vous pouvez vous procurer ce portrait de Tahlequah portant son défunt bébé sur le site https://www.etsy.com/shop/SeaSoulSisters. L’artiste versera les profits de la vente à des organismes qui travaillent au rétablissement de la population d’épaulards résidents de la partie méridionale du Pacifique Nord-Est.

Pas un seul des épaulards nés au cours des trois dernières années n’a survécu1. L’espèce est menacée ou en voie de disparition selon la région. La disponibilité réduite des proies, les perturbations acoustiques et la pollution sont en cause2.

Que puis-je pour Tahlequah à l’autre bout du continent? Je ne peux tout de même pas remédier seule au problème de la pollution!

Tout est relié. C’est l’effet papillon : une expression du météorologue Edward Lorenz pour décrire comment, dans un modèle climatique, il suffit de modifier de façon infime un seul paramètre pour obtenir des changements colossaux au bout du compte3.

L’émotion, elle est fugace comme les battements d’ailes d’un papillon, mais pour qui sait la canaliser, elle se mue en inspiration, et l’inspiration peut déboucher sur des changements colossaux. C’est ainsi que la simple perte d’un sac a fait naître chez Millicent Garrett Fawcet l’émotion qui a engendré le mouvement des suffragettes4, grâce auquel les femmes, après des décennies de lutte, ont pu obtenir le droit de vote et peuvent même devenir premières ministres aujourd’hui.

Mon sac d’emplettes réutilisable, ce que je mets dans mon assiette, ma décision d’acheter tel ou tel appareil en fonction de sa durée de vie et de la possibilité de le réparer ou non : je fais ces choix en considérant leurs conséquences — sur ma santé, la société, la planète. Seule, je ne peux pas remédier au problème de la pollution. Mais je ne suis pas seule à avoir été émue par Tahlequah.

1. Information publiée par le Center for Whale Research de l’État du Washington, consultée le 18 août 2018.

2. Gouvernement du Canada, Registre des espèces en péril : Épaulard – population résidente du sud du Pacifique Nord-Est, consulté le 18 août 2018.

3. «Qu’est-ce que l’effet papillon», Ça m’intéresse, consulté le 18 août 2018.

4. «La révolution des suffragettes», Le Monde, 26 novembre 2015.

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Juillet, sueurs infinies

WIN_20180731_14_14_06_Pro (2)Les rubans d’asphaltes emmagasinent la chaleur. On cuit en ville. Il faudrait faire de tous les stationnements (les parkings de nos cousines françaises) des boisés, remplacer les lignes blanches par des arbres.

Je vis encore sans la climatisation à la maison. Ça commence à ressembler à du masochisme avec l’été que nous avons ici (je ne suis d’ailleurs pas la seule résistante à vaciller). Un lundi de juillet particulièrement cuisant, j’ai écrit à la bibliothèque publique et dans mon café favori plutôt que de fondre en sueurs.

J’ai été plutôt silencieuse ces derniers temps; l’insatiable Facebook m’a rappelé maintes fois que mes abonnées n’avaient pas eu de mes nouvelles depuis un long moment. N’allez pas croire que je suis en vacances. Au contraire, c’est parce que je trime fort. J’espère pouvoir vous annoncer de bonnes nouvelles d’ici quelques mois, à la condition que je ne laisse pas mon métier alimentaire siphonner toute mon énergie; car, ces temps-ci, j’y expérimente la notion d’infini, manifesté dans ma liste de tâches. Un vers de Margaret Atwood me revient en tête :

A word after a word after a word is power.

Mot après mot après mot… Un pouvoir émerge de l’accumulation de lettres, morphèmes et vocables. Un mot à la fois, une tâche à la fois.

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